Réflexions en cours

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jeudi 20 octobre 2011

Une taxe européenne sur les transactions financières

En août dernier, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont souhaité que soit mise en place une taxe sur les transactions financières. La proposition est désormais reprise par la Commission Européenne, et son président, José-Manuel Barroso souhaite la voir à l'œuvre d'ici 2014. Il s'agit là tout simplement d'un vieux serpent de mer, la taxe Tobin, du nom d'un ancien prix Nobel d'économie. A l'origine, il s'agissait de taxer faiblement toutes les transactions financières pour limiter la spéculation et financer l'aide au développement. Avec l'émergence d'Attac à la fin des années 90, la taxe Tobin avait le vent en poupe chez les alter-mondialistes, et l'idée s'est popularisée. Au cours de la décennie, la possibilité d'une taxe sur les transactions financières était souvent brandie comme une solution magique pour financer un peu tout et n'importe quoi.

Dans le projet actuel, les revenus de la taxe seraient partagés entre les Etats membres, désespérément en recherche de fonds, et l'Union Européenne, qui aurait là enfin une source supplémentaire de revenus propres. Alors que le monde traverse une crise financière terrible, l'idée de récolter des fonds sur le dos d'un secteur financier coupable apparaît plus que jamais séduisante. A force de spéculations, parfois même à très court terme et automatisées, les marchés financiers se sont progressivement déconnecté de l'économie concrète. La sophistication et la dérégulation des produits financiers depuis les années 80 a créé des forces turbulentes que plus grand monde ne comprend totalement. Et à côté de cela, les PME peinent parfois à se voir octroyer des crédits ordinaires. On comprend alors que la France, qui veut une politique économique européenne, et l'Allemagne, qui souhaite faire payer les banques dans la crise de la dette actuelle, mettent en avant cette taxe sur les transactions financières.

Seulement, elle doit faire face aux mêmes arguments qu'autrefois. En premier lieu, les théoriciens d'une économie libérale expliquent qu'une telle taxe nuirait à la fluidité des mouvements de fond, et en conséquence, rendrait plus cher le crédit et limiterait donc les investissements. L'argument est connu, mais douteux. Surtout, cet inconvénient pèse peu par rapport aux problèmes causés par une fluidité excessive. Les variations trop brusques des marchés financiers ont des externalités négatives qui dépassent le problème d'une baisse (certainement très limitée) des investissements. Et puis il est certainement préférable d'investir sur le long terme, plutôt que pour trois heures.

Le deuxième argument est beaucoup plus lourd, et justifie presque à lui la réputation d'impossibilité de la taxe Tobin. En effet, pour qu'elle soit parfaitement efficace, il faudrait qu'elle soit adoptée au niveau mondial. Le moindre passager clandestin aurait une grosse opportunité, celui d'accueillir les marchés financiers fuyant ladite taxe. Les Anglo-Saxons pointent déjà du doigt les centres financiers émergents tels que Singapour. Et à vrai dire, ils n'ont strictement aucune envie de s'y mettre. Aux Etats-Unis, Wall Street combat vigoureusement et efficacement toute régulation. Le Dodd-Frank Act adopté par le Congrès l'année dernière pour réguler davantage Wall Street n'est tout simplement pas mis en œuvre. Les mouvements d'opinion hostiles à tout nouvel impôt sont puissants, et se concrétisent via l'influence des lobbys dans la vie politique américaine. Les Britanniques, eux, considèrent qu'une telle taxe serait en fait une taxe sur la City, vu qu'elle est la première place où s'opère cette frénésie boursière que l'on veut limiter. Vu l'importance du secteur financier dans leur économie, ils combattront eux-aussi de toute leur force cette taxe.

La mettre en place au niveau mondial est donc une illusion, et même au niveau de l'Union Européenne, ce serait extrêmement compliqué. Certains souhaitent qu'elle se fasse au niveau de la zone euro, mais elle serait alors très facile à éviter. De toute façon, elle n'aurait probablement pas réussi à vraiment limiter la spéculation, mais au moins on en aurait eu des revenus intéressants. La France et l'Allemagne peuvent donc toujours la souhaiter, mais la vraie difficulté ne réside pas chez eux.

mardi 11 octobre 2011

Des attentes différentes pour l'Union Européenne

Avec 17 % des voix, Arnaud Montebourg a réussi à se faire remarquer lors de la primaire socialiste. Avec son concept de "démondialisation", il s'est positionné comme le plus à gauche des candidats, et comme il y a toujours de nombreuses personnes pour penser que le PS n'est jamais assez à gauche, il a pu les attirer ainsi. Concrètement, cette "démondialisation" passe par la mise en place d'un solide protectionnisme aux frontières européennes. Voilà le genre de mesures que réclame l'extrême droite, et elle ne s'y est pas trompée, en déclarant qu'il était de loin leur candidat préféré dans le lot. Mais quand bien même Arnaud Montebourg serait resté dans la course à la présidentielle, il aurait fait une promesse électorale qu'il ne pouvait pas tenir. En effet, ce n'est pas le Président de la République Française qui décide de la politique européennne d'échanges internationaux. Ce sont les institutions européennes qui en décident. Certes, la France a voix au chapitre dans la Commission Européenne et dans le Conseil Européen. Mais il faut que les autres pays soient d'accord avec une telle proposition française, et c'est là que le bât blesse.

Il est évident que l'amour que porte les peuples européens pour les institutions européennes n'est pas extraordinaire. Tous les eurosceptiques ont le sentiment que la construction européenne va dans le mauvais sens. En 2005, à quelques jours d'intervalle, la France et les Pays Bas ont rejeté le Traité Constitutionnel Européen, signifiant qu'ils n'étaient pas satisfaits de la politique européenne menée. Mais suivant les pays, il s'avère que les eurosceptiques réclament des choses diamétralement opposées. En France, on reproche aux institutions européennes d'être trop libérales, de favoriser le dumping social et de ne pas protéger assez la population. Mais dans de nombreux autres pays européens, on reproche aux institutions européennes de limiter les libertés, de leur coûter trop d'argent et de trop protéger ceux qui ne font pas d'efforts.

La France a donc le sentiment que l'influence des pays anglo-saxons et des pays de l'est est trop forte au sein de l'Union Européenne, alors que ceux-ci ont le sentiment contraire. La vérité doit être que ça se tient quelque part au milieu des deux, mais cela ne satisfait aucun "camp". Arnaud Montebourg peut bien souhaiter un protectionnisme européen, mais il y a-t-il beaucoup d'autres pays qui désirent la même chose ? Déjà lorsque la France voulait privilégier ses bananes antillaises par rapport à celles d'Amérique du sud, les Allemands étaient mécontents car cela renchérissait le coût de ce produit... Dans de nombreuses capitales, un tel protectionnisme ne signifierait que se voiler la face vis à vis de son propre manque de compétitivité. Mais le mot compétitivité ne rentre probablement pas dans le vocabulaire d'Arnaud Montebourg...

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