Réflexions en cours

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mercredi 16 mai 2012

Un repris de justice à Matignon

Six heures. C'est le temps qui se sera écoulé entre l'entrée en fonction de François Hollande, et sa première promesse rompue. La promesse en question n'était pourtant pas bien veille. Elle ne datait que du mois dernier, quand le candidat avait déclaré, une semaine avant le premier tour, "je n’aurai pas autour de moi à l’Élysée des personnes jugées et condamnées". Il a pourtant nommé à Matignon Jean-Marc Ayrault, bel et bien condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir confié un marché public à une personnalité proche du Parti Socialiste. Au moins, on sait à quoi s'en tenir sur la moralisation de la vie politique. Mais Jean-Marc Ayrault, ce n'est pas qu'une condamnation. Lui aussi n'a aucune expérience ministérielle, ce qui lui permettra de ne pas être meilleur que François Hollande. En revanche, son point fort, c'est qu'il sait parler allemand. C'est dommage que ce soit le Président où les ministres qui iront le plus souvent aux sommets européens, cela aurait pu être utile.

La composition du gouvernement obéit à une tradition française bien ancrée depuis toujours : être faite en urgence en moins de 36 heures, même lorsqu'on a une dizaine de jours pour la préparer. Observons là plus en détail sur quelques points :
  • Manuel Valls à l'Intérieur et Vincent Peillon à l'Education, ce sont deux nominations parfaitement logiques.
  • A l'instar de son alter ego Alain Juppé, Laurent Fabius est increvable, et réussit à décrocher à nouveau un gros ministère. Il se voit ainsi récompensé pour ne pas avoir obéi à François Hollande sur le Traité Constitutionnel Européen en devenant numéro deux du gouvernement et chargé des Affaires étrangères.
  • Marisol Touraine et Michel Sapin récupèrent le même ministère, les Affaires sociales.
  • En 2007, Ségolène Royal avait promis à Nicolas Hulot de nommer un vice Premier ministre chargé de l'Environnement. Nicolas Sarkozy avait promis de mettre à la tête d'un grand ministère de l'environnement un poids lourd politique, numéro deux du gouvernement. Ce fut d'abord Alain Juppé, puis Jean-Louis Borloo. Ce fut déjà un peu moins le cas avec Nathalie Kosciusko-Morizet, qui fut alors numéro quatre. Désormais, c'est donc une parfaite inconnue, Nicole Bricq, qui reprend l'Environnement, seulement huitième au rang protocolaire.
  • Arnaud Montebourg récupère un ministère au nom ronflant, le "redressement productif", qui n'est en fait que l'Industrie. Ce ne devait pas être un nom assez sexy.
Pour en revenir à la condamnation de Jean-Marc Ayrault, c'est vrai qu'il y a pire. Après tout, le PS soutient toujours sans sourciller Jean-Paul Huchon, qui lui a pourtant été condamné pour enrichissement personnel. Mais au delà de la promesse non tenue de François Hollande, on remarque quand même le deux poids, deux mesures de la gauche. Elle n'avait cessé de monter au front pour attaquer sur le plan du droit des membres du gouvernement qui n'avaient pas été condamnées, et contre lesquelles il n'y avait même pas de preuves le plus souvent. A contrario, le cas Jean-Marc Ayrault, c'est censé ne rien être du tout. En définitive, il faut savoir que pour la gauche, un coupable de gauche est forcément innocent, et un innocent de droite est forcément coupable.

lundi 14 mai 2012

François Hollande rend hommage au promoteur de la colonisation

La Présidence de François Hollande s'ouvrira demain sur un symbole fort : il rendra hommage au grand promoteur de la colonisation au XIXème siècle, Jules Ferry, un authentique raciste. Le choix de Jules Ferry comme personnalité marquante au mieux relève de la mémoire sélective, au pire témoigne de valeurs profondément abjectes de la part du nouveau Président. En effet, pour toute personne qui connait un minimum l'Histoire de France, Jules Ferry c'est avant tout le grand architecte de la colonisation de l'Afrique et de l'Asie par la France à la fin du XIXème siècle, qu'il justifiait pour le prestige de la France, la nécessité d'ouvrir de nouveaux débouchés et la nécessité d'éduquer les "races inférieures". Tout cela est parfaitement connu, et il y a un an, la façon dont Jules Ferry a justifié la colonisation dans un long discours à l'Assemblée Nationale était déjà racontée ici-même, bien avant qu'il ne vienne à l'esprit de François Hollande de déposer des fleurs au pied de sa statue.

"Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures..." "Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures..." Voilà comment Jules Ferry énonçait sans sourciller ses théories sur les races inférieures et les races supérieures (auxquelles il appartenait dans son esprit, naturellement). Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui reprochent encore à la France son passé colonial. Est-ce là la réponse du nouveau Président, montrer que pour lui, les théories racistes de Jules Ferry doivent être honorées, cinquante ans après la décolonisation ?

Le philosophe Luc Ferry a dit que, plutôt que rendre hommage à son homonyme Jules Ferry, François Hollande aurait mieux fait de rendre hommage à Georges Clemenceau, qui s'est fortement opposé à Jules Ferry et à la colonisation, car il ne croyait aucunement à l'existence de "races inférieures" et à la nécessité de faire la guerre à des peuples qui n'avaient rien demandé. C'est vrai. Et il y a bien une statue de Georges Clemenceau sur le parcours de François Hollande, sur les Champs Elysées, à Paris. Mais elle restera seule, quand un des plus grands représentants de la colonisation et du racisme en France se verra célébré par le nouveau Président, François Hollande, comme symbole de l'inflexion qu'il veut donner à son quinquennat.

dimanche 13 mai 2012

Fou, Breivik ? Bien au contraire !

Le procès d'Anders Behring Breivik est au centre de l'actualité norvégienne, un an après son attentat et son effroyable massacre. Vu l'ampleur du cas, c'est également un sujet d'actualité internationale. La question de la santé mentale de Breivik est au cœur du procès, parait-il. S'il n'est pas considéré responsable car fou, il passera le restant de ses jours à l'asile. S'il l'est, il passera plusieurs décennies en prison, voire plus, puisqu'il y resterait tant qu'il serait considéré dangereux. Et en fin de compte, le fait que ce soit sa santé mentale qui soit l'enjeu du procès en dit plus sur le reste de la société que sur lui-même. En effet, cela prouve seulement notre incapacité à envisager qu'un homme puisse avoir des idées et des comportements si éloignés des nôtres... d'où notre besoin de le faire passer pour "fou".

Mais pour ce que l'on sait de cette affaire, nous ne sommes pas dans un cas de perte de la raison. Il n'a pas obéi à des voix qui, un beau matin, lui ordonnaient de massacrer des gens. Il n'a pas commis ses actes par impulsion, l'entendement obscurci par des pensées totalement incohérentes. Au contraire. Nous voilà dans le cas d'un homme qui a usé de raisonnements tout au long du processus qui l'a mené jusqu'à cette tuerie. C'est bien pour prouver cela qu'il avait mis en ligne sur Internet un ouvrage détaillant l'ensemble de ses raisons, sa façon de procéder, le problème qu'il estimait devoir résoudre, les données de ce problème, et son plan pour y arriver. D'un bout à l'autre il est resté cohérent avec lui-même. Encore maintenant, il doit être ravi de pouvoir faire la promotion de ses idées à travers ce procès très médiatisé.

Evidemment, le problème qu'il expose n'est pas le bon, et, ce qui est pire, sa méthode ne consiste qu'à tuer des gens qui n'ont pas de vrai rapport avec ce qu'il croit combattre. Plus qu'une défaillance de sa raison, son souci est la défaillance de son système de valeurs. C'est le moins que l'on puisse dire que d'affirmer qu'il n'a aucun rapport avec le notre. Ce système de valeurs est tellement aux antipodes de celui du reste de la société qu'il nous apparaît comme parfaitement horrible, difficilement envisageable, à rejeter vigoureusement... Mais lui, dans son système de valeurs prônant la supériorité de l'occident et la lutte contre ses ennemis perçus par tous les moyens, il se sent parfaitement à l'aise. Du reste, on a peu accusé les nazis ou les terroristes islamistes d'avoir perdu la raison.

Tous les gens comme Breivik sont difficilement compatibles avec la société, puisqu'ils la rejettent si violemment. Breivik a déjà prévenu qu'il consacrera toute sa vie à sa "cause", le fait qu'il soit en vie est déjà du bonus par rapport à ses plans. Il restera donc éternellement dangereux, et ne pourra donc jamais être libéré. Son extrême marginalité ne doit pas nous leurrer : il reste un humain, et oui, comme on peut le voir, un humain peut être un massacreur froid. Cela n'est pas rassurant, et cela n'a rien de valorisant pour notre espèce, mais cela doit nous rappeler quelque chose de fondamental : la raison n'est jamais le but, mais seulement le moyen.

mardi 8 mai 2012

Le Modem, parti de gauche

Pour certains, ce fut semble-t-il une surprise. Mais François Bayrou avait déjà annoncé avant même que la campagne commence qu'il prendrait position lors du second tour, sous entendant qu'il appellerait à voter pour le candidat opposé à Nicolas Sarkozy. Il s'est donc prononcé en faveur de François Hollande. Ce faisant, il met fin à une fiction qui aura duré cinq ans, celle du "centre indépendant". Le centrisme pur, cela n'existe pas. On ne peut pas être à la fois dans la majorité et dans l'opposition. On peut être de centre droit ou de centre gauche, mais il est impossible d'être entre les deux, c'est comme faire de l'équilibrisme sur le fil d'un couteau : très rapidement, on bascule toujours d'un côté. Si l'ancienne UDF était censé être autrefois dans la majorité au début du second mandat de Jacques Chirac, François Bayrou s'est lui rapidement réfugié dans une opposition très classique, bien plus confortable. Sa posture d'opposant lui permit ainsi d'attirer bien des militants de gauche, effrayés par Ségolène Royal, mais soudés par la haine de la droite, pour établir le Modem.

Au bout du compte, le constat est bien net : le Modem est un parti de gauche. Et c'est un parti de gauche dont l'utilité n'est aujourd'hui plus avérée. En effet, à quoi bon un autre parti de gauche, alors qu'il y a déjà le Parti Socialiste ? Celui-ci n'a que faire du Modem. D'après les enquêtes d'opinion, l'électorat de François Bayrou s'est divisé entre les deux candidats restants d'une manière guère différente de celle de 2007. La prise de position de François Bayrou en faveur de François Hollande n'aura pas changé grand chose. Le Parti Socialiste n'a pas besoin du Modem pour gouverner. En effet, les législatives devraient lui donner une majorité suffisante pour gouverner seul. Et cette année, le Modem a moins le vent en poupe qu'en 2007, il y a donc peu d'espoir pour eux de créer un groupe parlementaire. Les électeurs qui voudront soutenir l'opposition aux socialistes voteront directement UMP, plutôt que pour un parti rallié comme le Modem.

Alors à partir de là, quel avenir pour le Modem ? Certains semblent bizarrement croire à une recomposition du centre droit autour de François Bayrou. Ce n'est que chimères. Pour commencer, une explosion de l'UMP apparaît aujourd'hui assez peu probable. Chez ceux qui en font actuellement partie, rares sont ceux qui y ont vraiment intérêt. Et si certains souhaitent en effet que ce parti se rééquilibre vers le centre, ce peut être fait sans grand big bang. Après tout, celui qui en était ultimement responsable, Nicolas Sarkozy, quitte la vie politique. En outre, les centristes de l'UMP ont encore moins apprécié les caricatures qui ont été faites de la campagne présidentielle que la campagne elle-même. Pour les sympathisants de l'UMP, le Modem s'est engagé pour la gauche, ils s'en souviendront à jamais et le tiendront responsables de la suite. Enfin, si une recomposition du centre droit devrait vraiment arriver, elle se ferait autour de Jean-Louis Borloo, avec le Parti Radical et le Nouveau Centre, qui ont toujours maintenu leur attachement à l'alliance avec la droite.

D'autres militants du Modem croient pouvoir jouer un rôle dans une majorité de gauche. Mais à part peut-être pour le seul siège de François Bayrou, il n'y a aucun accord électoral pour les prochaines législatives, et François Hollande a prévenu que son gouvernement serait socialiste. Le Modem ne bénéficie d'aucune considération de la part du PS, voilà tout. Quelques personnes se mettent à rêver que les résultats du gouvernement socialiste seraient tellement désastreux qu'après peu de temps, le Modem s'imposerait comme le recours naturel. Belle mentalité que celle induite par la politique du pire !

Au bout du compte, le Modem, ce n'est que François Bayrou. C'est un parti entièrement dédié au culte d'un seul homme, un homme qui a déjà été rejeté à trois reprises par les Français dans les urnes, un homme qui, ne pouvant être hégémonique à droite, se place à gauche, sans se rendre compte qu'il y a là encore moins de place pour lui.

dimanche 6 mai 2012

Président par hasard

Quand Nicolas Sarkozy fut élu en 2007, l'une des choses que l'on pouvait d'ores et déjà prévoir est que l'élection de 2012 serait beaucoup plus difficile pour lui en 2012. Et ce quelque soit la politique menée ou les résultats obtenus. En effet, en France, le leitmotiv des élections nationales, c'est "sortez les sortants", où ceux qui ont le pouvoir de fait n'arrivent jamais à le conserver. Valéry Giscard d'Estaing avait été battu en 1981. François Mitterrand avait perdu sa majorité en 1986. Le Premier ministre Jacques Chirac ne fut pas élu Président en 1988, il fut battu largement au second tour. François Mitterrand a de nouveau perdu sa majorité en 1993. Le Premier ministre Edouard Balladur ne fut pas élu Président en 1995, il ne passa même pas le premier tour. Jacques Chirac a perdu sa majorité en 1997. Le Premier ministre Lionel Jospin ne fut pas élu Président en 2002, il ne passa même pas le premier tour. En fin de compte, la prouesse dans tout ça, c'est que Nicolas Sarkozy ait réussi à se faire élire en 2007 alors que son camp était au pouvoir depuis cinq ans. Mais chacun se souvient qu'au sein de la majorité, sa différence avec Jacques Chirac avait très marquée depuis longtemps.

Alors qu'il y a quelques mois les sondeurs annonçaient une défaite aux proportions hors normes, telle que 62-38 pour son adversaire, il s'avère en fin de compte qu'elle reste honorable, avec 48 % des suffrages exprimés, voire plus. C'est de toute façon conforme au mouvement général en Europe où ceux qui ont été au pouvoir pendant cette crise économique sont guidés vers la sortie, qu'ils soient de droite ou de gauche. Désormais, Nicolas Sarkozy s'éloigne logiquement de la vie politique, et ce sera à ceux qui restent de décider quelle orientation prendra la droite et le centre droit.

Pour ce qui est de la France, dans l'immédiat, les choses ne sont pas dures à imaginer. Il n'y aura pas de grand "changement", comme il n'y a avait pas eu de "rupture" en 2007. En fait, tout continuera comme avant, comme lors des précédents gouvernements socialistes. Alors, bien sûr, ce soir, il y a des gens qui font la fête, croyant vraiment que tout va changer. Plus tard, ils seront déçus, ou bien voudront revivre cette sensation de rêver. Peut-être qu'il y aura moins de grèves, maintenant que les syndicats ont un parti idéologiquement compatible au pouvoir. Les professionnels de l'indignation sauront se taire, quelques soient les circonstances. Mais engoncée dans ses conservatismes, la France ne règlera pas ses problèmes de fond.

Dans tout cela, il y a quand même une lueur d'espoir. Auparavant, on croyait qu'être Président de la République, c'était avoir des talents de meneur d'hommes et arriver à créer un mouvement populaire en sa faveur. Seuls des personnalités exceptionnelles pouvaient occuper un tel poste. Ce n'est plus le cas, et on se rend compte désormais que n'importe qui peut le devenir, comme on l'a vu ce soir. François Hollande se retrouve donc élu Président grâce à un impressionnant concours de circonstance.

L'écroulement spectaculaire de Dominique Strauss-Kahn a permis aux candidats socialistes de second choix d'arriver sur le devant de la scène. Parmi ceux-là, il s'est avéré qu'il n'y en avait pas un qui s'imposait naturellement par son charisme et ses compétences. François Hollande fut désigné, étant comme au temps où il était le premier secrétaire du PS le plus petit dénominateur commun. Il n'était pas celui qui avait le plus de qualités, il était celui qui n'avait pas les défauts des autres. Dans toute cette campagne, personne n'a expliqué pourquoi François Hollande était qualifié pour devenir Président. Mais cette campagne fut menée comme un référendum sur Nicolas Sarkozy, et moins que la victoire de François Hollande, aujourd'hui, c'est la défaite du Président sortant. C'est comme cela que l'on a vu plusieurs personnalités politiques déclarer soutenir François Hollande, prenant pour argument qu'il ne réaliserait probablement pas son programme.

Alors bonne chance à François Hollande. Après tout, ce serait dommage que celle-ci ne le quitte qu'au moment où elle pourrait servir tout un pays et non pas une seule carrière.

Photo : Duvignau/Reuters

samedi 5 mai 2012

Quelques messages du peuple libyen

C'était l'année dernière :












mardi 1 mai 2012

Besoin de courage

C'était le 21 février dernier. Au Parlement, il s'agit de voter la création du Mécanisme de Stabilité Européen (MSE), un dispositif visant à améliorer le soutien aux pays les plus durement touchés par la crise de la dette. Au Parti Socialiste, on est bien embêté. En effet, ce dispositif, voulu par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, semble enfin être une solution durable pour la crise financière. D'ailleurs, depuis que son principe a été décidé, les marchés financiers se sont calmés, et ont réduit la spéculation sur les défauts de dette. Seulement, il met en avant la nécessité d'une gestion rigoureuse des dépenses publics, quelque chose dont les socialistes sont loin de raffoler. Mais ce n'est pas le plus grave. Ainsi, Jean-Christophe Cambadélis dénonce un "piège politique", puisque si c'est une réussite, Nicolas Sarkozy voudra en "faire un argument dans l'élection présidentielle". Et il est hors de question que Nicolas Sarkozy puisse améliorer les choses, c'est une question de priorité. Ce jour-là, les socialistes ont donc refusé de voter pour la création du MSE, et se sont donc abstenus. Ils étaient pour que ce soit fait, mais pas pour que ce soit Nicolas Sarkozy qui le fasse, et ce refus de s'engager reflète cela.

Cette semaine, l'hebdomadaire britannique The Economist explique souhaiter la victoire de Nicolas Sarkozy. Ses thèmes de campagne n'ont pas été bons, dit-il, mais dès leur une mondiale, il signale que François Hollande est un homme "plutôt dangereux". Dangereux, car d'une gauche désormais bien ancienne, un lointain souvenir pour le reste des pays développés. Une gauche qui ne se soucie pas de la rigueur budgétaire, et croit que les richesses se partagent, plutôt que se créent. Une telle politique est totalement inadaptée à notre époque, et le fait que François Hollande ne soit pas gêné de laisser tomber la coopération franco-allemande pour privilégier une telle orientation économique a de quoi inquiéter. La France a besoin de réformes, et il n'en est pas question pour François Hollande. Il se pose en garant de l'ordre établi.

Aujourd'hui, la France a besoin de réformes structurelles, de dynamisme, d'action, de décisions. Celles-ci ne sont pas faciles à prendre tellement les conservatismes, les rigidités, les pré carrés sont défendus avec rage par les partisans du statu quo. Aujourd'hui, la France a besoin de courage. A cette aune, Nicolas Sarkozy est bien plus qualifié que François Hollande. Alors que François Hollande n'a jamais fait preuve de leadership au sein de son propre parti, Nicolas Sarkozy a su prendre les bonnes décisions quand il le fallait.

Quand la crise financière s'est subitement aggravé, lorsque le gouvernement américain a laissé couler Lehman Brothers, c'est tout le système financier mondial qui pouvait s'effondrer suite à cette onde de choc. Concrètement, cela voulait dire que les banques pouvaient faire faillite les unes à la suite des autres, les particuliers perdre leur épargne, les entreprises mettre presque toutes la clé sous la porte. Cela aurait été en matière économique l'équivalent d'une guerre nucléaire en matière militaire.

C'était au second semestre 2008, la France présidait alors le Conseil Européen. Lors d'une réunion extraordinaire de cette instance, les pays européens ont coordonné leur réponse à cette crise financière, en garantissant les épargnes, et en mettant en place un plan de soutien au secteur financier. Il n'y avait pas de quoi gagner en popularité sur ce dossier, puisque c'était se condamner à être accusé de "donner de l'argent aux banques". Mais il fallait le faire, et Nicolas Sarkozy s'est battu pour que ce plan soit adopté par le Parlement français en un temps véritablement record, au regard de l'urgence et du risque. In fine, on ne donnait pas d'argent aux banques, on le prêtait, et il a même rapporté des intérêts. Mais une réponse prompte et efficace était nécessaire, et elle fut mise en place. Evidemment, on se souviendrait bien mieux de ce moment-là si le secteur financier se serait vraiment effondré. Parfois, c'est déjà une victoire de pouvoir maintenir les choses en l'état.

Cinq ans après l'élection présidentielle de 2007, plus personne n'ose imaginer ce qui se serait passé si Ségolène Royal avait élu, et qu'elle eut du affronter les événements récents à l'Elysée. C'est un choix similaire qui s'offre à nous maintenant. Il paraît qu'en 2009, François Hollande pensait être le meilleur pour être Président de la République. On se demande ce qui lui a permis de penser cela, vu son profil et ses expériences passées. Nicolas Sarkozy n'est peut-être pas le meilleur des hommes pour occuper ce poste, mais il est sans nul doute le meilleur des deux candidats restants.

samedi 28 avril 2012

Analyse chiffrée du premier tour

Le premier tour de la présidentielle est passée, et comme avant, la campagne électorale ne consiste qu'en invectives, accusations absurdes et délires de toutes sortes. Et si on regardait plutôt les faits, en observant les votes de ce premier tour, et leur évolution depuis le premier tour de la présidentielle de 2007 ? Ne serait-ce qu'en procédant par grands ensembles, même si cela simplifie forcément et élimine bien sûr tous les cas particuliers, on arrive à apprendre certaines choses. Par exemple, avec 828 345 voix, Eva Joly fait mieux que Dominique Voynet en 2007, qui n'en avait récolté que 576 666. Mais elle n'a tout de même pas de quoi se réjouir, sachant qu'à cette époque, José Bové s'était également présenté, et que "Europe Ecologie Les Verts" devaient justement représenter cette alliance de tous les "écologistes" de gauche. A cet égard, Eva Joly fait bien moins que l'addition des voix de Dominique Voynet et de José Bové.

Pour continuer sur les candidats de niche, Nicolas Dupont-Aignan fait également moins bien que le précédent candidat souverainiste, Philippe de Villiers, avec 643 907 voix contre 818 407. Cette déperdition n'a pas profité à Nicolas Sarkozy, qui par rapport à son score de 2007, auquel il faudrait rajouter les voix de Frédéric Nihous qui l'a soutenu cette année, perd 2 115 679 votes.

Le plus surprenant dans tout cela, c'est qu'au final, la droite a gagné des électeurs, alors même qu'il y avait plus de 800 000 suffrages exprimés de moins. En effet, les électeurs perdus par Nicolas Sarkozy et Nicolas Dupont-Aignan ne suffisent pas expliquer le surplus d'électeurs de Marine Le Pen. Au final, c'est donc près de 300 000 électeurs que la droite en général compte de plus par rapport à 2007.

Bien évidemment, ils ne viennent pas de la gauche. Dans son ensemble, elle progresse elle-même de plus de 2,4 millions de voix. Les 772 593 électeurs gagnés par François Hollande par rapport à Ségolène Royal ne sont pas la plus grande progression. Elle revient à Jean-Luc Mélenchon, qui même lui attribuant les électeurs perdus par Philippe Poutou et Nathalie Artaud sur Olivier Besancenot et Arlette Laguiller, gagne 1,9 millions d'électeurs qui n'étaient pas à l'extrême gauche auparavant. On voit donc à quel point les extrêmes ont le vent en poupe en France.

Mais alors, si la droite et la gauche gagnent tous deux des suffrages, alors que le nombre de votants a diminué, d'où viennent-ils ? L'analyse froide est cruelle pour François Bayrou et son MoDem, car c'est là que se trouve que se trouve la grande hémorragie. 3 544 997 voix de moins qu'en 2007, c'est moins d'un électeur sur deux qui est resté. C'est plus que la simple augmentation des bulletins blanc ou nuls, ainsi que des abstentionnistes. Certes, ces électeurs perdus n'ont probablement pas directement sauté vers les Fronts, National et De Gauche. Mais cela veut au minimum dire qu'il y a un mouvement global de "décentrage" des électeurs, chacun étant donc plus à droite ou à gauche qu'auparavant, se répercutant en cascade sur tout l'axe politique. Cela aura forcément des conséquences sur la politique française.

mercredi 25 avril 2012

Score record du Front National

Raisonnons en nombre de voix : 6 421 773 personnes ont voté pour Marine Le Pen lors du premier tour de la présidentielle, dimanche dernier. C'est un résultat énorme, un record tant en nombre de voix donc qu'en part de l'électorat. Il en avait fallu beaucoup moins à son père pour passer au deuxième tour en 2002, mais cette année, les deux principaux candidats sont restés à des niveaux bien plus élevés. Il faut noter la progression : en 1988, Jean-Marie Le Pen faisait 4 376 742 voix. En 1995, il passait à 4 571 138 électeurs. 2002 était le précédent record du Front National, avec 4 804 713 voix, mais même en ajoutant les 667 026 voix de Bruno Mégret, un dissident frontiste lors de cette élection, il y a toujours une différence d'un million de personnes. Un millions de voix en plus par rapport en 2002. Le choc était déjà grand en 2002, mais avec ce million en plus, c'est toute la société qui est interpellée. Alors, que s'est-il passé ?

Pour commencer, ce n'est pas une surprise en soi. A vrai dire, on craignait déjà un score élevé du candidat du Front National en 2007, et ce d'autant plus que les sondages traditionnellement évaluent mal ce poids politique. Entre 2002 et 2007, les raisons du vote FN n'avaient pas diminué, et déjà à l'époque, on redoutait le futur remplacement de Jean-Marie Le Pen par sa fille, aussi percutante, mais évidemment plus jeune. A l'époque, la surprise fut le faible score du FN, en bonne partie car Nicolas Sarkozy avait réussi à obtenir le vote de personnes jusque là déçues par la droite.

Au vu des résultats, on s'aperçoit bien que ces mêmes personnes ont été déçues à nouveau. Le fond du problème de positionnement de Nicolas Sarkozy est qu'il a été trop à droite dans le discours, et pas assez dans les actes. Alors que le discours devait attirer les électeurs tentés par l'extrême droite, et la pratique rassurer les centristes, c'est le contraire qui s'est passé. Le discours a heurté les centristes, et la pratique n'a pas satisfait la marge droitière de l'électorat. Reste à savoir comment celle-ci accueillerait une Présidence François Hollande...

En même temps, Marine Le Pen a bien eu l'impact prédit. Elle garde le même ton agressif envers à peu près tout, mais n'a pas les mêmes casseroles que son père. Peut-être contrôle-t-elle mieux son expression. En même temps, il faut également reconnaître que sans le proclamer, le programme du Front National a évolué sur certains points qui étaient susceptibles d'effrayer des électeurs autrefois : par exemple, contrairement à l'époque de Jean-Marie Le Pen, il n'est plus question de mettre tous les étrangers dehors, mais seulement tous les sans papiers, et il est désormais indiqué qu'il y aura soit le rétablissement de la peine de mort, soit la perpétuité réelle, changeant fondamentalement la question. Au bout du compte, le FN est donc moins craint : ce n'est pas un parti fasciste doté d'une milice, les gens s'en rendent compte, il peut davantage être comparé à d'autres partis ultra-conservateurs en Europe qu'à la menace nazie. Voilà qui a probablement aidé à élargir son socle électoral.

Au final, il reste que le Front National est considérée comme la principale alternative aux deux grands partis, plutôt que les communistes en tous genres et les centristes. Cela a forcément une influence. François Hollande a ainsi déclaré vouloir récupérer ces voix, ce qui n'a semble-t-il gêné personne, alors que c'était jusqu'à présent l'un des principaux reproches faits à Nicolas Sarkozy. Le vote FN, c'est principalement un vote contre l'immigration, la mondialisation, la construction européenne, le laxisme en matière de sécurité... Comme sur tous les sujets, il faut à chaque fois trouver le bon dosage. Le PS et l'UMP ne sauraient aller jusqu'aux positions du FN sur ces points. Mais ils doivent au moins comprendre que ces thèmes préoccupent beaucoup de gens, et apporter des solutions convaincantes pour y répondre. Après tout, on l'a vu en 2007, le vote FN n'a rien d'une fatalité.

mardi 24 avril 2012

Un éthylotest par véhicule, une obligation stupide

Par un décret datant du 28 février dernier, il est donc désormais d'avoir un éthylotest dans chaque véhicule. Pourquoi ? On ne sait pas. L'idée est probablement de combattre l'alcool au volant. Fort bien, mais alors, en quoi cette mesure va-t-elle dans la bonne direction ? Rien ne change aux limites de taux d'alcools dans le sang, et ce n'est pas avoir un éthylotest dans sa voiture qui change quoi que ce soit. On comprenait mieux l'obligation d'avoir un gilet de sécurité, puisqu'il devenait utile en cas d'accident : il s'agissait de le mettre le temps de poser la signalisation prévenant les véhicules suivant. L'éthylotest n'aidera pas vraiment le conducteur ivre, puisqu'il ne le dessaoulera pas, et ne le protégera en aucune façon. Ce n'est pas une espèce de paratonnerre à alcool. Le conducteur ivre fera comme avant : il s'abstiendra de conduire. Ou si c'est un conducteur inconscient, il reprendra le volant, sans toucher à l'éthylotest, soigneusement rangé dans sa boîte à gants.

Voilà le fond du problème : il n'y a aucune obligation liée à cet éthylotest, mise à part sa présence. Il relève donc du porte bonheur. Et si jamais un conducteur se décidait un jour à l'utiliser, pour être sûr qu'il est en dessous de la limite légale, eh bien si le test s'avère négatif, il ne pourra pas prendre le volant quand même... puisqu'il n'aura plus d'éthylotest valide dans son véhicule. On marche sur la tête. Quand on sait qu'en plus, ces machins ont des dates de péremption, on comprend bien que ce décret ne servira en fin de compte qu'à une seule catégorie de personnes : les fabricants d'éthylotests.

L'éthylotest obligatoire, c'est à partir du 1er juillet, et la verbalisation pourra commencer le 1er novembre. Mais il y a fort à parier que devant une obligation aussi stupide, les forces de l'ordre préféreront se concentrer sur d'autres points lors d'un contrôle routier... comme faire souffler le conducteur dans un éthylotest qu'ils fourniront. C'est bien ça qui compte après tout.

dimanche 22 avril 2012

Allez Bayrou, la 4ème sera peut-être la bonne ! (?)

Le premier tour de l'élection présidentielle est passé, et l'on a eu droit aux traditionnels dialogues de sourds entre politiciens sur les plateaux télévisés. Pour tout ce beau monde, la politique continue comme si de rien n'était. On ne sait pas encore qui sera le Président de la République dans un mois, mais on connaît déjà les noms de huit personnes supplémentaires qui ne le seront pas. Parmi celles-ci, le cas de François Bayrou est le plus intéressant. Dans son esprit, cette troisième candidature aurait du être celle qui le consacrerait. Après tout, François Mitterrand et Jacques Chirac avaient été élus au bout de leur troisième tentative, et sa deuxième avait déjà eu beaucoup plus de succès que la première. Déjà qualifié du titre de perennial candidate (éternel candidat) par la presse anglo-saxonne, il a encore de la marge par rapport aux cinq défaites de Jean-Marie Le Pen, ou aux six candidatures successives d'Arlette Laguiller. Mais est-ce vraiment le chemin qu'il lui faut prendre ?

A vrai dire, François Bayrou peut difficilement passer la main. Contrairement aux autres partis où il y a toujours quelqu'un prêt à prendre la succession (et rapidement, si possible), François Bayrou n'a pas d'héritier potentiel. On peut même dire qu'il n'a pas grand monde autour de lui. Dans cette campagne, on a vu Marielle de Sarnez, son ombre, Philippe Douste-Blazy, revenant qui a perdu sa place à l'UMP, Robert Rochefort, l'ancien dirigeant du Credoc... C'est à peu près tout. Même ses anciens soutiens Corinne Lepage et Azouz Begag ont appelé à voter directement François Hollande. Aucun de ces noms est une personnalité politique d'avenir. Le MoDem, en tant que parti politique, est totalement dépendant de François Bayrou... et pour cause, puisqu'il a été construit ainsi.

Alors François Bayrou est-il condamné à rempiler ? Après tout, il peut peut-être encore penser que son destin se réalisera un jour, et la quatrième fois pourrait être la bonne. Il n'aura "que" 65 ans en 2017, le même âge que François Mitterrand en 1981. Mais les raisons de ses échecs précédents auront-elles disparues d'ici là ? Quand le centre est en vogue, il ne dépasse pas les 20 %, et quand les extrêmes sont élevés, il n'atteint pas la barre des 10 %. Cette année, il devrait être à peine plus haut que son score de 2002. Au bout d'un moment, un constat s'impose : son intuition d'un centre indépendant est une voie sans issue. Les Français n'ont pas montré vouloir sortir nettement d'un clivage gauche/droite.

Au final, l'"indépendance" du MoDem lui aura assuré de ne pas avoir d'assise locale, et de ne pas avoir d'influence au niveau national. Cela fait quinze ans maintenant que la parole de François Bayrou n'a pas compté quant à la gestion de la France, les électeurs les plus jeunes ne l'ont toujours connus que dans l'opposition. A quoi bon avoir les bonnes solutions si on ne les applique jamais ? Il ne peut pas rester l'éternel remplaçant, au maillot toujours propre, mais qui ne montre jamais rien. Il est temps pour lui d'essayer d'appliquer vraiment ses propositions, et pour filer la métaphore, cela passe par un jeu d'équipe, où ce ne sera pas forcément lui le capitaine. Certes, il lui faudrait pour cela reconnaître que sa tactique n'était pas la bonne, mais au vu des résultats, ce constat s'impose.

jeudi 19 avril 2012

Pour un second quinquennat de Nicolas Sarkozy

La campagne électorale du premier tour s'achève. Les professions de foi arrivent dans les boîtes aux lettres, et force est de constater qu'elles n'ont pas grand chose d'enthousiasmant. Elles sont pour la plupart profondément stupides et totalement déconnectées de la réalité, à croire qu'il suffit de claquer des doigts pour que tout aille mieux et que tout soit plus facile. Les plus navrantes sont évidemment celles du trio de candidats communistes, mais même chez Nicolas Dupont-Aignan, on trouve des choses comme "la gratuité du téléchargement sur internet". D'une manière générale, cette campagne électorale aura été parfaitement consternante, et cela, quelque soit le candidat. Néanmoins, c'est au peuple que revient la décision finale, et il lui faut choisir le Président des cinq prochaines années parmi dix noms.

Il y a de cela exactement un an, j'avais mentionné le fait qu'il n'y avait que trois personnes pour lesquelles je pouvais voter parmi les candidats potentiels. Il s'agissait de François Bayrou, Jean-Louis Borloo et Nicolas Sarkozy. Cela se confirme maintenant que l'on connait les candidats qui sont présents : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon sont de dangereuses reliques d'un autre temps, perdus dans leur propre monde et coincés avec une doctrine qui n'a jamais fonctionné. Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen font de la construction européenne le bouc émissaire de nos propres échecs. Jacques Cheminade n'est pas plus pertinent aujourd'hui que lors de sa première candidature, il y a dix-sept ans. Eva Joly s'est montré parfaitement navrante dans cette campagne électorale, et à ce titre, représente bien son parti. Quant à François Hollande, non seulement son programme n'est en rien si raisonnable que l'on cherche à nous le faire croire, mais il n'a jamais montré avoir les qualités nécessaires pour occuper la fonction de Président de la République française. Au contraire.

Jean-Louis Borloo ne s'est pas présenté. Restent donc François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Pendant cette campagne, François Bayrou a mis en avant deux axes importants : la nécessité de produire en France, et le rétablissement des comptes publics. Ce sont deux bonnes pistes, ce sont en effet des buts à atteindre. Malheureusement, il est resté flou ou peu convaincant sur la façon d'arriver à ces objectifs. Plus globalement, la rigueur budgétaire et l'engagement européen sont des principes importants traditionnellement défendus par le centre droit. Ils pourraient être davantage défendus dans la France d'aujourd'hui, mais le centre droit est justement divisé par la volonté de François Bayrou. En faisant une fixation sur l'Elysée, il se prive de toute influence politique. Son "indépendance" n'est en fin de compte pas utile pour le pays.

De son côté, Nicolas Sarkozy a clairement les qualités requises pour être chef de l'Etat. Toujours fiable dans les moments importants, son quinquennat aura vu plusieurs échecs, mais aussi un grand nombre de réussites. C'est d'ailleurs un hommage implicite : la gauche ne compte pas revenir sur la plupart de ses réformes. On peut regretter que les réformes n'aient pas été assez loin, notamment en matière de compétitivité des entreprises et sur la maîtrise de la dépense publique. Ce serait justement les grands chantier d'un second quinquennat. Voilà pourquoi la réélection de Nicolas Sarkozy est nécessaire.

mardi 17 avril 2012

En novembre, une élection exposant les divisions des Etats-Unis

Cela aura pris plusieurs mois, mais les primaires américaines ont finalement accouché d'un candidat pour novembre prochain : ce sera Mitt Romney. Certes, il n'a pas encore le nombre de délégués adéquats pour l'emporter, et deux autres personnes, Newt Gingrich et Ron Paul, sont encore officiellement dans la course. Mais Mitt Romney est désormais le seul à pouvoir remporter la Convention républicaine en Floride, et tout le parti se rallie derrière lui. Par rapport à ses adversaires, presque tous des seconds couteaux, il est étonnant que Mitt Romney ait mis tant de temps à l'emporter. Le fait est qu'il doit gérer la volte face entre gouverneur du Massachusetts, où il devait tenir des positions modérées, avec le rôle de champion des républicains, où il se doit d'adhérer à chacune des lubies de la droite américaine. Il lui a été reproché, comme il y a quatre ans, d'être inconstant sur ses positions, et il n'y a guère de doutes qu'il s'agira encore d'une ligne d'attaque de Barack Obama.

Mitt Romney sort affaibli des primaires, et ses chances sont très minces pour l'élection de novembre. Barack Obama a été un bon président, son charisme est intact, il a globalement remporté ses affrontements avec les républicains, et surtout, il y a le sentiment que le souffle de l'Histoire qui le soutient. Son grand projet d'autrefois était d'apporter du bipartisanisme à Washington, pour que démocrates et républicains se reparlent de nouveau, et travaillent ensemble pour améliorer l'Amérique. Seul problème : pour parler à deux, il faut être deux, et les républicains n'étaient pas disposés à s'accorder avec lui sur quoi que ce soit. Les institutions américaines favorisent désormais les blocages, et la vie politique est aussi bloquée que possible de nos jours.

Pour que Barack Obama perde cette élection, il faudra qu'il fasse de grosses erreurs. A priori, il y aura donc beaucoup moins de suspens qu'en 2008 (où le vrai enjeu se trouvait entre lui et Hillary Clinton), 2004 et 2000 (les élections "too close to call"). Mais ce que l'on pourra ressurgir pendant cette campagne, et qui pourrait être traité par les candidats, c'est cette division profonde qui coupe les Etats-Unis : les républicains sont plus à droite que jamais, alors que les démocrates s'affirment eux aussi de plus en plus à gauche. Les chaînes d'information en continu Fox News et MSNBC exposent à leur façon cette coupure, en faisant de l'information éditorialisée 24 heures sur 24. Les deux camps se haïssent, ne se parlent plus, et n'ont quasiment plus rien en commun. Certes, ils ont tous le même drapeau, mais on peine à voir une même nation. Comme cette division est parfois nettement marquée géographiquement suivant les Etats, on se dit que cela ressemble un peu aux divisions qui traversent les pays européens. Ici, la construction européenne en est considérablement plus compliquée, mais là-bas, c'est un pays entier qui n'est plus vraiment géré.

jeudi 12 avril 2012

Grève du coeur

Il y a une dizaine de jours, une greffe du cœur n'a pu être réalisée pour une raison ahurissante : la grève des contrôleurs aériens à l'aéroport de Metz-Nancy Lorraine. La fermeture de cet aéroport a en effet empêché les équipes médicales de faire l'aller-retour entre Nantes, où une patiente attendait ce nouveau cœur, et Metz, où se trouvait le corps de la donneuse. Pour la patiente, c'est une chance de survie de perdue, alors qu'elle avait été prevenue qu'une greffe était imminente. Pour la donneuse, c'est le gâchis de quelque chose qui aurait pu au moins donner un peu de sens à son décès. C'est tout simplement une tragédie, du type qui aurait pu être évité très facilement.

Ce n'est pas la première fois que la profession de contrôleur aérien fait polémique. On apprenait ainsi il y a quelques années que les contrôleurs aériens travaillaient beaucoup moins que le temps pour lequel ils étaient payés, s'arrangeant entre eux pour se donner des congés à tour de rôle. Cela peut influer sur leurs opérations, mais les compagnies aériennes ne souhaitent pas aborder le sujet afin d'éviter le risque d'une grève.

Les grèves, c'est le véritable pouvoir des contrôleurs aériens. Etant en mesure de paralyser l'ensemble du trafic aérien, leur capacité de nuisance est colossale pour tout un secteur, et permet leurs avantages hors normes actuels. Ils ne se privent pas de l'employer occasionnellement, ce qui pénalise entreprises et voyageurs. Les conséquences, comme on l'a vu dans cette dernière affaire, peuvent être de vie et de mort.

C'est en fait la même question pour tous les services d'intérêt général. Personne ne devrait avoir le droit de bloquer les transports, qu'ils soient routiers, ferroviaires ou aériens. S'il existe bien une concurrence entre compagnies aériennes, ce qui permettra à un voyageur de changer de compagnie si l'une fait grève, ce n'est pas le cas pour les aéroports. Généralement il y a un aéroport par ville, et même lorsqu'il y en a plusieurs, ils sont complémentaires et non en concurrence. Ce sont des équipements qui ont vocation à être utilisés en permanence, au service de l'intérêt général. Il est donc nécessaire qu'ils ne puissent être bloqués par une grève. Et ela implique bien sûr, comme pour tous les autres services d'intérêt général, de nouvelles mesures réglementant beaucoup plus strictement la possibilité de faire grève...

mardi 10 avril 2012

Comeback Kid

Les sondages, ça va, ça vient... On les lit pour deviner quel sera le résultat d'une élection, mais on oublie qu'il s'agit en fait d'une photographie de l'opinion à un moment donné, et que ces opinions peuvent changer continuellement, au dernier moment. Ainsi, pour chaque élection présidentielle, les variations ont été fortes au fur et à mesure des campagnes. Edouard Balladur et Lionel Jospin auraient été Présidents si l'élection avait eu lieu au moment des premiers sondages pour les élections présidentielles de 1995 et de 2002, mais il en a été autrement. En 2007, au départ, on s'attendait à un Jean-Marie Le Pen fort et à un François Bayrou faible, mais ce fut l'inverse qui se produisit finalement.

Pour cette campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy fut qualifié de mort avant même qu'elle n'ait commencé. Il y a peine quelques mois, les éditorialistes spéculaient sur la probabilité d'une qualification au second tour de Marine Le Pen à son détriment, son score au premier tour était qualifié de ridicule, et si par hasard il se qualifiait quand même pour le second tour, il se ferait battre par 62 % contre 38 % par François Hollande, le nouvel horizon indépassable de la France. Les journalistes, jamais mesurés, enchaînaient les unes sur la fin de l'ère Sarkozy, enterré avant même l'élection.

Ces derniers temps, l'ambiance a bien changé. Nicolas Sarkozy est désormais en tête des sondages du premier tour, et il réduit régulièrement son retard sur François Hollande au second. Celui-ci ne gagnerait plus que par 53 % désormais, d'après la plupart des instituts. Alors bien sûr, l'élection présidentielle n'est toujours pas jouée, dans un sens comme dans l'autre, et tout cela peut encore évoluer. Mais il y a au moins une chose que l'on a pu constater : Nicolas Sarkozy est bien loin de faire de la figuration dans cette campagne, il est l'un des deux candidats (avec Jean-Luc Mélenchon) autour desquels les énergies se rassemblent.

Un tel retour en force rappelle celui de Bill Clinton, lors des primaires démocrates à l'élection présidentielle américaine de 1992. Dans la primaire primordiale du New Hampshire, il avait au départ perdu beaucoup de terrain, et était considéré comme fini. Mais une campagne acharnée de sa part sur le terrain lui a permis de revenir petit à petit sur le devant de la scène, finissant deuxième, un bon résultat pour lui, considérant là d'où il partait. Il gagna alors le surnom de "Comeback Kid", symbolisant son retour gagnant. Certes, il n'avait pas gagné cette primaire, mais désormais, l'élan était de son côté, et il gagna finalement la nomination, puis l'élection. Il est encore trop tôt pour savoir si Nicolas Sarkozy remportera un second mandat, mais l'ambiance actuelle de la campagne présidentielle française est certainement marquée par une solidité de sa part bien plus forte que pronostiquée.