samedi 31 mars 2007
Fin de la glissade à gauche
Par xerbias, samedi 31 mars 2007 à 18:24 :: Pensée politique
Certains commentateurs de la vie politique, tel qu'Eric Dupin, considèrent que la campagne présidentielle est marquée par un certain virage à droite de l'ensemble des candidats. Du fait, notamment, que les thématiques d'ordre sont reprises par les socialistes, et sont pleinement assumées par la droite, ce qui n'était pas toujours le cas auparavant. Pourtant, le virage à droite est souvent fantasmé. Car en fait, c'est souvent un procédé d'une partie de la gauche que de vouloir rejeter l'autre partie comme étant à droite, ou bien trop à droite, ce qui dans leur esprit revient au même. Historiquement, il apparaît surtout que le spectre politique glisse à gauche de façon séculaire : chaque formation politique se voit débordée par une nouvelle qui sera plus à gauche qu'elle. Ainsi, aux débuts de la IIIème République, les radicaux avaient gagné ce qualificatif pour leur intransigeance en faveur de la République, de la laïcité et des libertés. En comparaison des royalistes ultras et des royalistes modérés, ils étaient radicaux dans leur opposition frontale à la restauration de la monarchie. Mais au fil des ans, un nouveau corps politique a pris forme : les socialistes sont entrés dans l'Assemblée Nationale pour défendre une plus grande intervention de l'Etat dans la vie économique du pays et pour adopter des lois améliorant les conditions de vie des plus pauvres. Les royalistes ultras quittèrent pour le coup la vie politique française, et même les modérés ne devinrent que des républicains conservateurs. Après la révolution russe, le congrès de Tours marqua l'apparition du parti communiste. Il s'agissait cette fois de fonder la société communiste où l'Etat serait l'ordonnateur de l'ensemble de la vie économique. Cette fois-ci, les radicaux passèrent au centre de la vie politique française, rendant l'adjectif qui les caractérise bien éloigné de la réalité d'aujourd'hui. Et cela continue pendant les années 80 et 90 du XXème siècle : en se frottant au pouvoirs, les communistes ont perdu leur qualificatif d'extrème gauche, ce qui est désormais le domaine des trotskistes. Depuis une trentaine d'année, les radicaux sont désormais une des composantes de la droite. Ce qui est appelé virage à droite n'est qu'en fait la fin (ou l'arrêt temporaire) de la glissade historique du spectre politique vers la gauche. Il apparaît qu'un parti politique qui est confronté aux responsabilités est poussé à faire usage de pragmatisme, et donc de réformisme, ce qui n'est pas vraiment la caractéristique de la gauche de la gauche. On pourrait se réjouir que les partis extrémistes doivent se soumettre aux réalités et se convertissent, même sans l'avouer, au réformisme. Mais c'est surtout désolant de constater qu'apparaît alors systématiquement une force politique qui prône le dogmatisme pour se donner bonne conscience. C'est ce qu'on voit actuellement, où, en plus du PS, des Verts qui ont perdu leur neutralité pour passer à la gauche soixante-huitarde, du PC, il y a désormais trois partis trostkistes en lice pour la présidentielle (Lutte Ouvrière, la LCR, le Parti des Travailleurs), et même un candidat "anti-libéral", qui n'est qu'un autre nom pour désigner l'extrème gauche. Et personne ne semble s'indigner qu'il y ait autant d'extrémistes dans la vie politique française. Ce n'est pourtant pas vraiment ce dont la France a besoin.
Cela a au moins le mérite de faire relativiser les attaques sur le fait d'être de centre gauche, de centre droit ou de droite. La droite d'aujourd'hui n'a pas de lien direct avec les droites qui se sont succédées par le passé. Par contre, il faudra quand même veiller que les forces de la déraison n'amène pas un jour à faire considérer que le réformisme puisse être d'extrème droite. Car c'est bien à la gauche de la gauche que la bien pensance, qui est une forme terrorisme intellectuel, naît. Les valeurs humanistes sont, quoi que certains puissent dire, bien réparties entre les différents mouvements politiques.
Pour commencer un tour d'horizon sur les liens entre l'Union Européenne et les pays qui la compose, concentrons-nous sur la situation de l'autre pays qui a refusé le Traité Constitutionnel en 2005, quelques jours après la France, les Pays-Bas. Si le vote négatif de nos deux pays a eu pour effet de bloquer de fait la construction européenne, on est obligé de constater que les raisons invoquées en faveur de ce rejet étaient bien différentes entre la France et les Pays-Bas. Certes, il y a l'impondérable du vote totalement à côté de la question, et que ce soit ici ou du côté des Néerlandais, de nombreuses personnes ont d'abord voté "non" pour montrer leur hostilité à leurs gouvernements, chacun en période d'impopularité, alors que ceux-ci soutenaient l'adoption du traité. Mais à part ça, peu d'éléments semblables.
Dans la journée d'hier, un homme de 32 ans est contrôlé à la gare du Nord, dans l'espace entre les lignes de métro et de RER. Il n'est pas en règle, et agresse les controlleurs. Ceux-ci, appelant des renforts, le maîtrise fermement. Des passant de tous âges et de toutes origines observent la fin de la scène, et s'émeuvent contre la violence faite à l'homme, sans savoir ce qui y a mené. Dans l'agitation, des personnes commencent à agir de façon violente, en dégradant le matériel, en provoquant les forces de police qui arrivent en nombre et en agressant les voyageurs. Très vite, la scène se tranforme en ce qui est qualifié par les agences de presse d'émeutes, et l'occasion fait sortir de la foule tous les délinquants qui s'y fondent, ceux-ci se couvrant parfois de capuches, d'écharpes pour cacher leur visage, ou bien restent à visage découvert, étant sûrs de leur impunité, n'hésitant pas à piller des magasins, ce qui montre le peu de rapport entre la violence utilisée et le mécontentement initial. De leurs faits le chaos s'installe. De nombreux spectateurs y assistent médusés, et témoignent aujourd'hui dans la presse. Ils y accusent la police d'être trop violente, ou de n'avoir rien fait. Les CRS présents ont reçu la consigne de ne pas charger. Comme souvent dans ce type de manifestations violentes, les malfaiteurs sont prompts à se fondre à nouveau dans la foule et à se faire passer pour d'innocentes victimes. Et le risque est réel pour les forces de l'ordre de toucher une vraie personne innocente qui passe par là, ou bien de créer un mouvement de panique. En conséquence, les innocents sont laissés à leur sort face aux délinquants. Seule une douzaine d'entre eux seront d'ailleurs interpellés.
Gouverner, c'est agir en faveur de l'intérêt général. Voilà le message qui revient ici comme un leitmotiv. Il semble aller de soi, mais il s'avère que trop souvents chacun s'accroche à la défense de son intérêt particulier pour bloquer la société et in fine nuire à tout le monde. Cela se retrouve de plusieurs façons, mais cela a été institutionnalisé par certaines associations mono-thématiques, parfois aussi par des partis poliques, mais surtout par les syndicats. Il s'agit tant des syndicats patronaux que salariés, qui continuent de jouer une caricature de jeu de la corde à tirer, et se transforme en un mauvais remake de la lutte des classes. Or c'est bien par le rassemblement que nous arriverons à surmonter nos problèmes, pas en s'accrochant obstinément à des avantages qui desservent la collectivité par leurs retombées négatives. Il y a bien un problème du dialogue social en France, et cela a été pointé par la plupart des candidats. Chacun le regrette, mais il faut bien constater que c'est une constante des décennies passées. Certaines évolutions sont plus que nécessaires, elles sont obligatoires si l'on veut pouvoir avancer dans le sens d'une meilleure efficacité et d'une France qui puisse aller mieux. Lors de la prochaine législature, il faudra relancer le dialogue social, et avoir comme objectif que chacun oublie ses intérêts catégoriels pour ne prendre en compte que l'intérêt général. Un syndicat comme la CFDT s'était honoré en appliquant ce principe en 1995 et en 2003 lorsque des réformes nécessaires étaient en discussion. D'autres syndicats tels que Sud, FO, la CGT ou provenant de branches particulières ont prouvé par le passé leur vision doctrinale et corporatiste des choses, envisageant toute négociation que sur le rapport de force, en souhaitant démontrer à chaque fois leur pouvoir de nuisance, parfois avant même que la réflexion soit entamée sur une évolution à mener.
Nous célébrons aujourd'hui les 50 ans de la signature du Traité de Rome. Si l'Union Européenne est née ce jour-là en s'appelant à l'époque le marché commun, il serait exagéré de faire remonter la construction européenne que depuis cet événement. Le Traité de Rome n'est en effet pas tombé du ciel, et a demandé des années de négociation, il s'appuyait déjà sur un début de coopération inter-étatique à travers la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier, ainsi que sur d'autres initiatives qui avaient prises par des visionnaires, ceux qui sont considérés comme les pères fondateurs de l'Europe politique. Parmi ceux-là, La France peut être fière de compter des personnes comme Jean Monnet ou Robert Schuman. Ces cinquante dernières années, de grandes avancées ont été faites en matière de politique commune. L'Union Européenne s'étend désormais sur 27 pays, et possède même sa propre monnaie. La paix est aujourd'hui assurée, ce qui est déjà un succès formidable en soi. Chacune de ces avancées fut difficile, mais l'Europe dans sa globalité avance, petit à petit. Actuellement, il faut bien avouer que nous traversons une période de blocage. Sont incriminés ici les "non" français et néerlandais au projet de Traité Constitutionnel Européen, qui ont bloqué de fait la mise en place d'institutions plus efficaces que le Traité de Nice, et surtout plus adaptées à 27 membres. Il y a bien une crise de l'Europe dans ces deux pays qui ont refusé ce Traité. Mais pas seulement : d'autres pays s'abrittent derrière eux pour ne pas prendre le risque d'un débat sur une éventuelle ratification, comme la Pologne, ou la Grande-Bretagne qui aurait eu très peu de chances d'adopter le Traité via le référendum qui était promis à la population.
La campagne présidentielle de 2007 est très différente de celle de 2002, tant elle semble mobiliser toute la France. Il faut dire qu'il y a cinq ans, le morne affrontement entre Jacques Chirac et Lionel Jospin avait provoqué l'indifférence, puis la stupéfaction lorsque le résultat final fut révélé. Cette fois-ci, on a la chance d'avoir un vrai débat de fond de par les thèmes abordés par les candidats, et par leurs propositions. Mais s'il y a du fond, il n'est pas toujours facile d'y avoir accès, tant le traitement de la campagne réalisé par les médias est de qualité variable. Que ce soient la presse, la radio ou la télévision, les médias ont l'avantage d'avoir la haute main sur le contrôle des informations, ce qui leur permet de répliquer immédiatement à toute attaque faite à leur encontre. A chaque fois que le travail des journalistes est critiqué par quelqu'un d'extérieur, ils se sentent souvent concernés en tant que groupe et répondent de façon corporatiste. Pourtant, ils gagneraient à écouter les critiques que l'on peut leur faire. La principale étant le fait qu'ils s'intéressent souvent beaucoup trop à l'écume des choses, au côté spectaculaire.
A l'heure où Jacques Chirac fait ses adieux, où Dominique de Villepin pense à l'avenir, et où toute la droite est engagée dans l'élection présidentielle à venir, il est peut-être temps de faire le bilan de la législature passée. Certes, au bout du compte, ce sera bien l'Histoire qui jugera. Mais on peut déjà tenter d'esquisser ce qui s'est passé au cours des cinq dernières années. Si l'on en juge aux côtes de popularité et aux élections perdues par la droite, c'est peu de dire que les Français n'ont pas entièrement satisfaits de leurs gouvernements. Il faut dire que certaines choses n'ont pas été faites, et que d'autres étaient impopulaires. Par exemple, le CPE, tentative maladroite de remédier au chômage des jeunes, a été rejeté violemment. D'une manière général, tout ce qui a touché à l'éducation, que ce soit au secondaire ou au supérieur, a été l'occasion de grands mouvements de protestations. Même la réforme LMD, qui visait à réorganiser les diplômes pour leur donner une signification au niveau européen, fut à l'origine de manifestations étudiantes.
Hier, Cesare Battisti a été arrêté au Brésil par la police locale, en vertu de mandat d'arrêt international lancé à son encontre, grâce à des informations provenant de la police française. Son extradition est demandée depuis des années par l'Italie, où il a été condamné il y a une quinzaine d'années pour complicité dans le cadre de plusieurs assassinats dans les années 70. En 2004, la procédure avait été enclanchée à son encontre, et il avait été soutenu de façon surprenante par une certaine partie des intellectuels et des personnalités politiques françaises. Aujourd'hui, on retrouve les mêmes pour le défendre et souhaiter qu'il ne soit pas extradé en Italie. Bernard Henri-Levy, Olivier Besancenot, Bertrand Delanoë ou même François Bayrou en font partie, ce dernier déclarant même en tant que candidat à l'élection présidentielle qu'il voulait que Cesare Battisti ait droit à un nouveau procès. Cesare Battisti a pourtant déjà eu le droit à son procès, et on ne peut pas vraiment dire qu'il ait été empêché d'y aller. Son absence était le résultat de sa propre volonté, de sa fuite permanente par rapport à ses responsabilités, à commencer par son évasion des prisons italiennes en 1981. Comment peut-on dire qu'un procès par contumace est injuste lorsque l'inculpé prend la fuite pour éviter de l'affronter ? Du reste, c'est tout de même de l'Italie dont il est question, un pays démocratique voisin membre de l'Union Européenne. Il n'y a aucun doute sur la légitimité de leur système judiciaire, et ce n'est certainement pas à la France de se mèler des affaires juridiques des pays démocratiques amis.
De nos jours, les pays communistes se font rares. Si depuis l'effondrement du bloc soviétique, leur nombre a grandement diminué, ceux qui continuent de se dire héritiers de Karl Marx le sont parfois de moins en moins dans les faits. L'exemple par excellence d'une telle évolution est le cas de la Chine, qui vient de reconnaître la propriété privée. Pour un pays qui continue de s'affirmer communiste et fier d'avoir été dirigé par Mao, il est étonnant d'admettre si franchement le fait que l'économie chinoise repose en grande partie sur des ressorts capitalistes. Certes, du point de vue du système politique, la Chine profite toujours d'un totalitarisme caractéristique des pays communistes pour maintenir la suprématie du parti unique gouvernant aux destinées du pays. Mais si la Chine profite d'un taux de croissance annuel aussi fort, c'est bien parce qu'elle profite de la mise en place des dynamiques compétitives relevant du capitalisme sur une taille gigantesque. En reconnaissant la proprité privée, qui appartient à la sphère capitaliste, la Chine accepte donc de considérer qu'elle en relève.
Lui qui se plaignait de ne pas être assez repris par les médias, le voici servi. François Bayrou est depuis plusieurs semaines au centre d'une tempète médiatique comme il y en a souvent, où tous les journaux ne parlent que d'une chose (et sur un ton laudatif). Il y a quelques mois, le phénomène s'observait autour de Ségolène Royal. Actuellement, c'est autour de lui. Il bénéficie ainsi d'un cercle vertueux, où ses apparitions médiatiques omniprésentent favorisent les montées dans les sondages, qui encouragent les journalistes à parler encore de lui. Cela lui permet de trompetter partour qu'il va gagner, ne doutant pas une seule seconde de sa prochaine victoire, et de se montrer méprisant pour ses adversaires directs. Mais que se passera-t-il lorsqu'il sera élu, puisqu'il ne peut pas en être autrement selon lui ? François Bayrou, fort que d'une vingtaine de de députés, devra avant tout trouver une majorité susceptible de soutenir un gouvernement qui lui soit favorable. Lorsqu'on lui pose la question, François Bayrou parie sur un gouvernement d'union nationale qui se ferait autour de lui, ou viendrait les bonnes volontés de la droite comme de la gauche. C'est évidemment plus facile à dire qu'à faire. Par exemple, à gauche : si les modérés de ce bord le rejoignent, ils pourraient être assez nombreux après les élections législatives pour pouvoir n'être responsables que devant eux mêmes, créant une cohabitation de fait. Ou bien François Bayrou deviendrait le chef de file de la gauche (certes refondée) tout simplement. Mais c'est peu probable dans la mesure où Dominique Strauss-Kahn, considéré comme le leader des sociaux-démocrates au sein du PS, sera certainement plus enclin à organiser sa candidature de 2012, plutôt que de se soumettre aveuglement à François Bayrou, qui reste un chrétien démocrate, et donc est du centre-droit. Vouloir unir la droite et la gauche dans le même gouvernement est encore plus risqué. Il faudra bien prendre des décisions claires sur les dossiers importants : que faire pour les régimes de retraites (abrogation de la réforme Fillon ? fin des régimes spéciaux ?), faut-il régulariser les sans-papiers, doit-on s'orienter encore plus vers l'Etat providence, ce sont autant de questions sur lesquelles il n'y a aucun conscensus gauche/droite.
Plusieurs types de transports sont de grandes sources d'émissions de CO2, comme les voitures ou les avions. Dès lors, il est opportun de favoriser ceux qui n'en émettent pas. De nos jours, les trains fonctionnent à l'électricité, qui, si celle-ci est produite à partir de centrales nucléaires ou d'érnergies propres, n'est pas susceptible de faire augmenter l'effet de serre. Voilà pourquoi le développement des transports ferroviaires est le type de chantier qu'il faut encourager. Plusieurs orientations peuvent lui être données, à commencer par le ferroutage. Chaque jour, des milliers de camions transportent des marchandises à travers l'Europe. Ceux-ci ne peuvent être totalement éradiqués, dans la mesure où un transport individuel comme un camion dispose évidemment de bien plus de souplesse qu'un train dont les destinations sont limitées aux rails posés. Les camions doivent donc se concentrer sur leur mobilité, pour acheminer les marchandises (disposées sous containers standardisés) depuis leur lieu de production (ou de stockage) aux gares de ferroutage, pour que d'autres puissent les emmener depuis les gares d'arrivée à leurs destinations finales. Les distances seraient plus courtes, le nombre de camions nécessaires moins élevé, et donc la pollution moins forte in fine. Les compagnies de transport routier seraient donc plus concentrées sur la desserte de zones géographiques spécifiques (ce qui permet le maintien d'entreprises locales), avec une logique qui reposerait moins sur les économies d'échelles, les chauffeurs routiers pourraient faire des trajets plus courts et donc avoir une meilleure vie de famille. Cela nécessite bien sûr que le réseau ferroviaire soit très dense à travers toute l'Europe, qu'il soit bien entretenu et que les entreprises l'exploitant soient fiables. Le contrôle de l'Etat est ici nécessaire.
En septembre dernier, Shinzo Abe a succedé à Junichiro Koizumi au poste de Premier ministre du Japon. Ce dernier était très populaire, en sortant son pays de la crisé économique qu'il traversait, en ayant un côté spectaculaire qui faisait son charisme, et en n'hésitant pas à faire des visites annuelles au sanctuaire de Yasukuni. Par contraste, Shinzo Abe est perçu comme un homme politique plutôt terne, mais qui pouvait être plus enclin que son prédécesseur à veiller à des relations aussi bonnes que possible avec les autres pays d'Asie. En effet, Junichiro Koizumi était très controversé en Chine et en Corée du Sud. Le sanctuaire de Yasukuni honore ceux qui sont morts pour le Japon, dont une grande partie de militaires, et parmi eux des personnes qui se trouvent être considérées comme des criminels de guerre par la Chine et la Corée, pays que le Japon a occuppé de façon violente pendant la première moitié du XXème siècle. Là bas, le souvenir des méfaits accomplis par l'armée japonaise y sont fort, et laisse l'image d'un Japon dominateur et totalitaire. Il n'y a pas eu de grandes réconciliations en Asie comme il y en a eu en Europe après la seconde guerre mondiale. Les sentiments nationalistes restent toujours aussi forts au Japon, même si le recours à la guerre est une idée qui a été éradiquée par l'occuppation américaine et une constitution qui l'interdit explicitement. En parallèle, la Chine et la Corée voient dans le Japon un héréditaire ennemi mortel, dont il est nécessaire de se méfier. Le fait que le Japon n'ait pas vraiment fait de mea culpa de ses actions passées n'arrange rien à l'affaire. Dans la vision historique japonaise des anciens événements, une bonne part de ce qui ne peut pas être porté à la gloire de la patrie est tout simplement minoré. Pour les Japonais, reconnaitre des débordements de la part de leur armée serait en une certaine manière porter injure à leurs ancêtres qui ont combattu pour la grandeur du Japon.
En 1997, 66 cinéastes signaient un appel à la désobéissance civile vis-à-vis de lois sur l'immigration qu'ils n'appréciaient pas. Ces temps-ci, José Bové est candidat à la présidentielle tout en étant condamné à une peine de prison ferme, pour un acte d'arrachage qu'il justifie par la désobéissance civile. Aujourd'hui, des militants hostiles à la publicité pronent également la désobéissance civile pour se permettre de vandaliser le mobilier urbain. Le concept de désobeissance civil est donc utilisé en de multiples occasions pour justifier le non-respect intentionel des lois. Selon ses concepteurs, la désobeissance civile doit être non-violente, être en application de l'intérêt général et se faire de façon publique. Il n'est pas certains que tous les militants anti-pub agissent en accord avec la dernière de ces conditions. En outre, agir en fonction de l'intérêt général est évidemment nécessaire, mais l'intérêt général est justement défini par le débat démocratique : les lois sont l'application de débats et d'élections, ce qui leur donne une légitimité totale dans les régimes démocratiques. Ainsi, il pouvait être nécessaire aux soldats et aux ouvriers du IIIème Reich de lui désobeïr lorsqu'il leur faisait accomplir des tâches inhumaines car le régime avait perdu toute légitimité populaire. Tant que les élections sont tenues de façon régulière et transparente, par une constitution approuvée par la majorité, force doit rester à la loi.
Dimanche dernier, Jean-Louis Borloo s'est exclamé dans l'émission Ripostes "la présidentielle ce n'est pas la Star Ac'". Il faut dire qu'on pourrait parfois en douter, tant l'événement constitutif de la vie citoyenne peut se transformer en un spectacle où l'on regarde des candidats affronter des épreuves pour en fin de compte en choisir un. Au moins, on ne peut pas se plaindre que les Français ne s'intéressent pas à l'élection présidentielle... Mais visiblement, cette élection a pris une importance considérable, et génère une attention bien supérieure aux précédentes. Chacun semble croire, à tort ou à raison, que le 22 avril et le 6 mai prochain va se jouer l'avenir de la France. Certes, le poste de Président est d'autant plus convoité que ses pouvoirs sont importants. L'élection présidentielle a un effet d'entrainement sur les législatives qui suivront, c'est donc l'orientation tant du pouvoir éxecutif que du pouvoir législatif qui sera décidée à l'issue de ce débat. Néanmoins, si beaucoup de choses peuvent et doivent changer, on peut s'interroger sur l'ampleur et la précision du mandat qui sera donné aux prochains gouvernants. Ainsi, tous les thèmes sont mis sur la table, avec à chaque fois des citoyens qui exigent que les candidats s'engagent en faveur, ou du moins expriment leur position sur tel ou tel point précis. D'un côté, un programme précis et amplement discuté peut être une force pour le candidat élu, car cela lui donne la légitimité de mettre en application ses idées après son élection. D'un autre, cette tendance méconnaît le fait que la vie démocratique d'un pays ne s'arrête pas l'élection présidentielle passée : lors des cinq prochaines années, le parlement devra continuer à peser le pour et le contre des lois, le dialogue social devra s'opérer avec les partenaires sociaux, et il faudra de toutes façons prendre compte de contraintes imprévues qui ne manqueront pas d'arriver. C'est donc chaque jour que le débat doit avoir lieu, et si ces jours-ci il est particulièrement intense, il ne faut pas que tout le monde agisse de façon à croire qu'il cessera dans deux mois.
Jeudi et vendredi se tiendra un sommet européen consacré aux questions énergétiques. Une baisse de 20 % des émissions de CO2 (par rapport à 1990) est d'ores et déjà acquise. Par contre il y a débat sur le fait de savoir si cet objectif doit être contraignant. Normalement, tant qu'à prendre une mesure, autant le faire de telle façon à ce qu'on souhaite vraiment la mettre en oeuvre. Mais la France et l'Allemagne s'opposent sur ce point, car pour accepter la contrainte, la France souhaite que l'énergie nucléaire puisse être compté dans les énergies permettant de réduire les émissions de CO2. L'idée étant de marginaliser encore plus les centrales thermiques qui ont des rejets en dioxyde de carbone. Les Allemands préfèrent que toute diminuation des émissions de CO2 se fasse au profit des énergies renouvelables, avec comme objectif d'arriver à 20 % de renouvelable dans les énergies utilisées en 2020. S'il est en effet souhaitable d'augmenter la part des énergies renouvelables de façon importante, il est étrange de la part de l'Allemagne de vouloir avoir une influence sur la politique nucléaire d'autres pays. L'énergie nucléaire a en effet l'atout de ne pas émettre de gaz nocif, et de voir ses déchets controlés. C'est en fait le résultat de l'influence des Verts allemands, qui à l'instar de ceux français, veulent mettre un tabou sur cette source d'énergie. La première priorité doit pourtant être de diminuer les émissions de CO2. La coalition rouge/verte de Gerhard Schröder et de Joschka Fischer avait décidé de l'abandon du nucléaire en ayant l'intention de le remplacer par les énergies renouvelables. Faire monter en puissance ces énergies est une bonne chose, mais pourquoi le faire au détriment du nucléaire, alors que l'Allemagne produit à 40 % son électricité à partir de centrales thermiques consommant du pétrole, et à plus de 20 % du charbon, combustibles qui émettent beaucoup de CO2 ? Au vu de ces chiffres, la France n'a pas à rougir à produire 80 % de son électricité à base d'énergie nucléaire.
Actuellement, les médecins généralistes sont en grandes négociations avec caisses d'assurance maladie pour que soit revalorisé le prix de leurs consultations. Ils considèrent en effet que la médecine généraliste est désormais considéré comme une spécialité, et que donc le tarif des consultations doit être le même que les autres spécialistes. Ce serait le résultat de la réforme du parcours de soin, qui visait à réduire les dépenses de l'assurance maladie. Il n'y a pas si longtemps, la consultation chez le médecin généraliste coutait 100 francs. Lors de la campagne éléctorale de 2002, les médecins généralistes créaient de l'agitation pour que la consultation passe à 20 euros, ce qu'ils ont obtenu. Aujourd'hui, les scènes de la pièce qui se joue sont troublantes tellement elles sont l'exacte répétition de ce qu'il s'est passé il y a cinq ans. Mais cette fois-ci, c'est pour passer à 23 euros. Le but est explicitement de peser sur la campagne présidentielle, pour que le gouvernement pousse les caisses à revaloriser le montant de la consultation. Celles-ci sont bien évidemment reluctantes à toute augmentation, car c'est autant de dépenses supplémentaires que devra rembourser l'assurance maladie, alors que celle-ci est déjà en déficit depuis bien longtemps.
Alors que la campagne électorale commence à être bien entamée désormais, certaines personnalités politiques restent encore en retrait. C'est le cas de Dominique Strauss-Kahn, mal utilisé par Ségolène Royal. C'est le cas des derniers chiraquiens, comme François Baroin, qui attendent que Jacques Chirac annonce sa décision sur une éventuelle candidature. Prétexte aussi utilisé depuis longtemps par Dominique de Villepin pour éviter de prendre position. Il y a également le cas de Jean-Louis Borloo. Le gouvernement doit travailler jusqu'au bout dit Président de la République. Le ministre de la Cohésion sociale lui suit ce mot d'ordre à la lettre, et est l'un des derniers ministres à connaître une activité toujours constante, et peu importe que la session parlementaire se soit achevée. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'a pas sa place dans cette campagne, bien au contraire. A l'automne dernier, au dernier congrès du Parti Radical (qu'il co-préside avec André Rossinot le maire de Nancy), il a refusé de prendre parti en faveur de Nicolas Sarkozy, alors que sa formation politique fait partie de l'UMP. Pendant ce temps-là, François Bayrou répond, lorsqu'on lui pose la question, que Jean-Louis Borloo pourrait faire partie de ces personnalités pouvant travailler avec lui dans le cadre de son gouvernement de la gauche, du centre et de la droite.