Le bonus/malus est la première mesure du Grenelle de l'environnement à avoir été appliquée, elle consiste à taxer les achats des voitures les plus polluantes, taxes qui servent à financer une prime à l'achat des voitures les moins polluantes. Le mécanisme est populaire dans la mesure où il œuvre en faveur de la réduction de l'effet de serre et il ne représente pas un coût pour l'Etat. Il se trouve que ce sont les voitures les plus petites qui polluent le moins, et le bonus/malus a fortement encouragé leur achat, et a naturellement découragé l'achat des grosses voitures. En Allemagne, cette mesure a été immédiatement mal vue. Elle a été considérée comme une mesure protectionniste de la part de la France, car les constructeurs automobiles français couvrent largement les gammes de petites voitures, quand ceux allemands ont un avantage sur les voitures plus lourdes et puissantes. La défense de l'environnement fut donc vue comme un prétexte outre-Rhin, la presse, les industriels et les politiciens s'émouvant d'une seule voix contre ce mauvais coup fait aux entreprises allemandes.

Ce cri du cœur leur évite surtout de se remettre en question. Les constructeurs automobiles allemands devraient plutôt se lancer dans la fabrication de modèles moins gourmands en énergie. Les consommateurs allemands sont certes friands de grosses voitures, mais elles sont clairement nuisibles pour l'environnement. Alors Angela Merkel peut, pendant la présidence allemande de l'Union Européenne, faire de la réduction des émissions de CO2 une priorité européenne, c'est un objectif louable et nécessaire, mais elle doit en tirer les conséquences. Pendant qu'elle bataillait ferme pour faire admettre aux autres pays des réductions drastiques de leurs émissions, elle oubliait que l'Allemagne est un pays où les émissions de CO2 restent très fortes. C'est du d'une part à ces automobiles puissantes et polluantes, d'autre part à leurs choix en matière de production d'électricité, privilégiant largement le charbon et le pétrole, par peur du nucléaire.

L'environnement sera l'un des dossiers que Nicolas Sarkozy aura à traiter lors de la présidence française de l'Union Européenne, et pour lutter contre les émissions de CO2, il devra rappeler les méfaits des énergies fossiles sur lesquelles se repose justement l'Allemagne. Avec ses centrales nucléaires et sa préférences pour les voitures économes, la France peut être fière d'avoir des émissions modérées en comparaison de ses voisins. Elle doit à ce titre jouer le rôle d'exemple. Mais ce constat ne doit pas mener à l'autosatisfaction. Si les émissions de CO2 sont modérées, elles ne doivent pas moins en être réduites. Angela Merkel aura certainement la volonté politique de réduire celles qui sont réalisées dans son pays, la France doit être aussi exemplaire dans ces nouvelles réductions de CO2. C'est de loin la priorité en matière environnementale. Et économiquement, une moindre utilisation du pétrole ne peut être que bénéfique pour la France et l'Europe.