Par xerbias,
lundi 22 avril 2013 à 23:48 ::General
Le 7 avril dernier se tenait en Alsace un référendum potentiellement salvateur : il s'agit de fusionner le conseil régional d'Alsace et les conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Cela s'est terminé par un lamentable échec. Certes, le oui l'a emporté à la majorité des suffrages exprimés dans le Bas-Rhin et dans l'Alsace globalement, mais non seulement la participation était insuffisante (le oui n'a atteint le quart des inscrits nulle part, alors que ce devait être le cas dans les deux départements pour que ce référendum soit valide), le non l'a en plus emporté dans le Haut-Rhin. Cela consacre la victoire de tous ceux qui avaient pris position contre cette fusion : que des extrémistes.
Il faut dire que c'était là une bien trop belle opportunité : faire enfin des économies sur l'argent public ! Pour être très clair, l'existence des conseils généraux ne se justifie pas. Dans le mille feuille administratif français, régions et départements n'ont aucune utilité à vivre séparée, ce sont déjà des organismes qui ont tendance à enfler démesurément, la moindre des choses serait de mettre en œuvre des économies d'échelle en les regroupant. De telles économies doivent gêner : probablement les élus, que l'on peut démultiplier si jamais ils ne cumulent pas trop. Les syndicats de fonctionnaires, qui s'imaginent que la bonne gestion de l'argent public se fera sur leur dos. La population, si elle croit vraiment que ce n'est pas elle qui paye in fine pour avoir l'illusion de la proximité d'une administration quelconque.
En tant que tel, il y a peu de doutes : oui, conseils généraux et régionaux doivent être fusionnés, et ce, dans toute la France. L'Alsace aurait pu représenter une avant garde, mais il faudra bien que chacun y passe. Quand on se demande où est gâché les sommes phénoménales obtenues par des niveaux d'imposition record, c'est par là qu'il faut pointer du doigt. L'existence de ces honteux doublons administratifs est pire qu'un symptôme de la maladie qui atteint la France, c'en est une des causes. Alors pendant que le gouvernement et le Président français atteignent les bas fonds de l'impopularité en ne faisant rien d'important, qu'ils agissent au moins, et mettent sur le tapis un plan pour organiser de telles fusions partout en France. Au moins là, on aurait l'impression de commencer d'avancer.
François Hollande s'est lancé dans une croisade sur la "transparence" en politique, et y voit sa planche de salut maintenant que sa promesse électorale de "République irréprochable" a coulé corps et âme. Le grand public ne doit donc plus rien ignorer du patrimoine et des conflits d'intérêts des ministres, et voire même des parlementaires. Le procédé, aussi ennuyeux soit-il pour les ministres, ne vaut pourtant pas grand chose. En effet, Jérôme Cahuzac avait bel et bien rempli une déclaration de patrimoine une fois arrivé au gouvernement... où il avait soigneusement oublié d'inclure ses comptes bancaires à l'étranger. Le problème ici, c'est bien le mensonge. On va nous abreuver de déclarations qu'il faudra prendre pour argent comptant en nous prenant pour de gros naïfs. Si l'on doit combattre le mensonge en politique, le sujet est plus vaste. Si les politiciens mentent, c'est qu'ils croient que c'est dans leur intérêt. Ils diront toute la vérité le jour où ce le sera aussi.
Il y a 20 ans, Les Inconnus avaient parfaitement résumé ce qu'on pouvait voir et penser de tout ça. Rien n'a changé, bien sûr, et ces dernières semaines le confirment même plus que jamais.
La disparition de l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher a fait naître des réactions assez déplorables, et ce plus particulièrement de ce côté-ci de la Manche. Pourquoi se réjouir de la mort d'une personnalité politique démocratiquement élue ? A force de juger les choses de façon manichéenne, une partie de notre gauche est ravagée par la haine, avec ce genre de tristes effets. Doit-on rappeler qu'on peut avoir des divergences politiques sans perdre son humanité à force de rejeter ceux qui pensent différemment ?
Si Margaret Thatcher a le droit au respect de tout à chacun comme femme d'Etat, elle peut également susciter l'admiration par les résultats qu'elle a réussi à obtenir. Vu la Grande Bretagne actuelle, on a du mal à se souvenir ce qu'elle était dans les années 70 : au fond du trou, pas moins. Paralysée par les grèves incessantes, les syndicats égoïstes et un Etat obèse, la Grande Bretagne était considéré comme un pays à la régression rapide, un désastre inquiétant tous les autres pays développés. C'est dans ce cadre que Margaret Thatcher a réussi à se faire élire avec un programme de franche rupture avec le statu quo maintenu tant par les conservateurs que les travaillistes précédemment. Et chose étonnante : elle a tenu ses promesses, et mit son énergie à transformer le pays. Elle n'a pas cédé face aux éléments du blocage, et s'est battu pour ses convictions. Evidemment, on peut lui reprocher bien des aspects de sa politique, notamment son opposition à la construction européenne ou la "poll tax" qui l'a faite chuter. Mais les résultats sont là en matière économique, puisque la Grande Bretagne a connu des des décennies de dynamisme économique, un chômage en nette diminution quand celui de la France se maintenait toujours à des niveaux élevés, et surtout, un plébiscite populaire.
En tant que Première ministre, elle remporta les élections de 1983 et 1987, conservant sa majorité. Cela montre bien le soutien des électeurs à sa politique, alors que ce sont eux qui la subissent... ou en profitent. Après son départ du 10 Downing Street, les conservateurs gagnèrent encore les élections générales de 1992. A croire que les électeurs n'étaient pas dégoutés du traitement de cheval appliqué. Et pour que les travaillistes reconquièrent la majorité, il fallut qu'ils se déplacent considérablement sur leur droite, avec le New Labour de Tony Blair. Pour résumer : Margaret Thatcher a réussi à convaincre la population du bien fondé de sa politique, et cela s'est ressenti sur la mentalité générale britannique. Oui, à elle seule, elle a réussi à transformer son pays. A l'heure où la France souffre du manque de vrai changement, celle-ci conspue la femme qui a réussi à l'apporter chez nos voisins. Comment s'étonner, dès lors, de notre marasme actuel ?
Il y a un an, nous étions en pleine campagne électorale. Les militants socialistes recouvraient la France entière d'affiches pour François Hollande arborant le slogan "Le changement, c'est maintenant". Nul besoin d'être un linguiste de haut niveau pour voir la double promesse en si peu de mots : changement, maintenant. Il a été élu, et 11 mois après, quel est le résultat ? Pas de changement, et s'il doit y en avoir, il n'est certainement pas maintenant. Ah, finies, les déclarations comme quoi François Hollande, connaissant parfaitement la gravité de la crise, était prêt à changer immédiatement la conjoncture économique par la politique menée dès les premiers mois de son mandat. Le retour à la réalité est rude. Les prévisions de croissance délirantes faites autrefois ne se sont évidemment pas concrétisées, les projets socialistes s'avèrent parfaitement irréalisables et même à l'international, rien ne se passe comme prévu. Pour résumer, on s'est fait plaisir en parlant de "rêve français", pour s'apercevoir qu'on rêvait bel et bien, alors que le réveil est des plus brutal.
Le tableau qu'offre la France actuellement est déplorable. Sur aucun point, la nouvelle majorité n'a permis d'améliorations. Les quelques mesures les plus intéressantes du programme de François Hollande peinent à se concrétiser : l'interdiction du cumul des mandats, par exemple, semble renvoyé aux calendes grecques, contrairement à ce qui était prévu. La lutte contre les déficits publics passe par d'importantes augmentations d'impôts, alors qu'il faudrait s'attaquer à la dépense publique. Rien n'est fait contre l'empilement des échelons administratifs, et la dernière réforme des collectivités locales renforçant même l'échelon départemental. Violences et cambriolages se multiplient, pendant que la Garde des Sceaux Christiane Taubira affiche sa volonté de mener une politique laxiste en matière de lutte contre l'insécurité. L'improbable ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, se pavane devant les caméras sans obtenir de résultats concrets, faisant office de dernier maillon d'une politique économique à la dérive. On nous a mentis sur le fait que la France n'interviendrait jamais militairement au Mali. Et bien sûr, le chômage augmente chaque mois considérablement, retrouvant des niveaux vus la dernière fois lors du précédent gouvernement socialiste, il y a une douzaine d'années.
Rien ne se passe comme le candidat François Hollande l'avait annoncé, mais est-ce vraiment une surprise ? Pas tant que cela, puisqu'on connaissait bien l'inexpérience au niveau gouvernemental tant du nouveau Président de la République que du nouveau Premier ministre. L'incompétence de François Hollande était bien documentée, affichée au conseil général de Corrèze comme à la tête du Parti Socialiste. Candidat de second choix après la chute spectaculaire de Dominique Strauss-Kahn, on ne peut pas dire non plus qu'il est bien entouré. Ainsi, celui qu'on nous présentait comme le compétent du gouvernement, Jérôme Cahuzac, a été chargé de lutter contre la fraude fiscal quand bien même il fraudait le fisc lui-même. Aujourd'hui, les masques tombent, créant un scandale moral majeur. Ce n'est pas la seule hypocrisie, et désormais, chaque jour apporte de nouvelles révélations, permettant de mieux comprendre comment on en est arrivé là. Mais même si on ne s'attendait pas à ce que la nouvelle majorité travaille dans le bon sens, oui, on peut quand même être surpris que ça se passe si mal. Etre déçu alors qu'on n'espérait déjà pas à grand chose, voilà qui peut laisser bouche bée.
Aujourd'hui, il n'y a plus d'illusions. Le changement si promis n'arrivera pas. Quel avenir reste alors à la France ?
Par xerbias,
samedi 23 février 2013 à 18:35 ::Economie
Quand on créé une administration, elle doit se trouver une raison d'être. Et cette administration essaiera par la suite de justifier son existence en essayant de prendre part à un nombre croissant de dossier, favorisant bureaucratie et processus alambiqués. C'est comme ça que le CSA aimerait voir ses prérogatives s'amplifier, récupérer l'ARCEP pour pouvoir "réguler" télécoms et Internet. Le seul contrôle des programmes télés ne lui suffit pas, il faut qu'il puisse contrôler le destin de la télé en France, et aussi régulièrement que possible. On a déjà vu qu'il multipliait dans cette optique les changements de normes de diffusion. Malheureusement, il continue de travailler dans cette voie. Dans un rapport publié en début de mois, le CSA demande au Parlement de changer encore les diffusions de normes à travers une politique ubuesque à courte vue.
Le premier grand tort du CSA fut d'avoir voulu que la Télévision Numérique Terrestre se fasse au format de compression MPEG-2. On savait alors que le format MPEG-4 était plus performant et permettait la haute définition, mais il était alors considéré comme plus facile et plus rapide de passer au MPEG-2. C'est ainsi que la TNT fut lancée sous cette norme, et une longue, pénible et coûteuse campagne pour la transition entre l'analogique et cette TNT fut mis en route.
Quand il fallut décider comment utiliser les canaux libérés par l'extinction de l'analogique, le CSA décida de lancer six nouvelles chaînes... exclusivement en MPEG-4. Donc inaccessibles à ceux qui venaient tout juste de s'équiper en matériel compatible uniquement en MPEG-2. L'intérêt de ces nouvelles chaînes est d'ailleurs bien discutables : elles font doublon par rapport aux chaînes déjà existantes de la TNT (pas toutes utiles), et celle consacrée aux documentaires a même eu l'autorisation de diffuser des programmes radios nullement documentaires le matin.
Dans son nouveau rapport, le CSA découvre donc qu'il faudrait qu'il y ait plus de chaînes en HD. Pour commencer, avant d'en lancer de nouvelles, il aurait d'abord fallu permettre aux anciennes d'être toutes en HD. Pour le CSA, cela implique de laisser tomber le MPEG-2 et de forcer la conversion en MPEG-4. Il veut donc une nouvelle transition avec tout le fatras de la dernière fois dès 2015... et la nécessité pour les gens de changer à nouveau de matériel. Tout cela sera encore coûteux, puisque le CSA veut encore une aide financière pour aider les gens à changer de téléviseurs. L'Outre mer est passé directement de l'analogique au MPEG-4, mais pour la métropole, il faudrait donc faire deux fois ce qui aurait pu être fait en une seule fois. Quel gâchis ! Et 12 chaînes ne seraient pas encore en haute diffusion, même après tout ça.
Mais cela ne s'arrête pas là ! Le CSA veut également qu'une fois la norme MPEG-4 généralisée, on fasse encore un changement qui implique un rééquipement complet des appareils audiovisuels, avec les normes DVB-T2/HEVC. Le CSA pointe qu'il faudra rendre ce changement attractif pour que le public ne trouve pas cela totalement scandaleux. Or c'est là bel et bien un scandale. Ces changements de normes ne profitent qu'aux fabricants de produits audiovisuels. Le rapport du CSA reprend ainsi benoîtement leurs arguments de ventes : les normes DVB-T2/HEVC seront nécessaires pour diffuser de l'"Ultra Haute Définition", qui sera, oh, oui, beaucoup mieux qu'avant, qui était déjà la perfection.
"Selon ces experts [du secteur de la télévision], les avancées en termes de qualité d’image de la télévision en ultra-HD s'apparenteront à celles vécues lors du passage de la télévision analogique à la télévision en haute définition. La qualité ultra-HD s'accompagne d'une meilleure restitution de la couleur et le nombre d'images par seconde est plus élevé que dans les systèmes de télévision en vigueur aujourd'hui. Elle offrira des images d'un réalisme saisissant pour la plus grande satisfaction du téléspectateur."
Mais... qui donc se plaint de la qualité d'image des téléviseurs existants ? Est-ce vraiment le téléspectateur qui est satisfait de devoir changer tout son équipement régulièrement ?
Revenons en arrière. A l'époque des tubes cathodiques, la qualité d'image n'était déjà pas un problème. La vraie limite, c'était la taille de l'écran. Le tube cathodique prenait de la place derrière l'écran, et une diagonale d'écran élevée faisait des appareils proportionnellement volumineux en profondeur. La vraie innovation, ce fut donc les écrans plats, pas tant sur la place qu'ils permettaient de gagner que sur l'augmentation de tailles d'écrans qu'ils permettaient sans accroissement de l'emprise derrière. Or avec la définition utilisée dans les normes analogiques, cela rendait mal sur les écrans de tailles aussi grandes (plus de 70 cm). D'où l'introduction de la haute définition. Et upscaling ou pas, un signal basse définition rend mal sur un écran haute définition. C'est pour ça que la transition au numérique basse définition était une belle imbécilité. Voilà où on en est actuellement.
Ces dernières années, les constructeurs de téléviseurs sont en désarroi : tout le monde a fini par s'équiper en écran plat et les prix de ceux-ci, grâce à la concurrence, se sont effondrés. Ils cherchent donc de nouveaux relais de croissance, des nouveautés qui forceront les gens à changer de télé encore une fois. Auparavant, ils croyaient fort dans la 3D. Seulement, le public n'est pas intéressé par le fait de devoir porter des lunettes pour regarder la télé quotidiennement. Il s'agit donc d'un échec cuisant. Leur nouvel espoir est donc dans l'Ultra HD, avec beaucoup plus de pixels. Vu qu'il fallait déjà des écrans d'une belle taille pour que les bénéfices de la HD se fassent percevoir, quel est l'intérêt de la UHD ? Il y a deux possibilités :
La première est que cette meilleure résolution permettra de se rapprocher de l'écran. Mais à part les écrans d'ordinateurs et de tablettes, bénéficiant déjà d'excellentes résolutions, quel intérêt pour une télé ? S'imagine-t-on les gens rapprocher leur télé de leur canapé, ou l'inverse ? Généralement, cela dépend de la configuration des pièces uniquement.
La seconde possibilité est que cette meilleure résolution permette de fabriquer des écrans encore plus grands. Pour qu'on voit la différence avec la HD simple, il faudra des écrans de 2 mètres. A tout hasard, combien de personnes s'imaginent avoir un écran de 2m chez soi ? Pour ce "home cinema", il faudrait avoir vraiment avoir une grande pièce dédiée, et ne pas avoir peur de tourner la tête pour voir tel ou tel élément. Il peut y avoir un marché pour de tels monstres, mais il ne pourra concerner la majorité d'entre nous. Seuls les plus riches seront concernés.
Le CSA peut bien expliquer que des petits écrans existent déjà, ils ne serviront à rien du tout ! La seule perspective qu'on nous laisse, ce sont des murs écrans... ce qui nous envoie directement à l'anticipation faite par Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 : des écrans envahissant l'espace et les vies, et dont l'acquisition devient la seule ambition d'une population décérébrée. C'est ce qu'on voudrait nous vendre, mais la limite sera quand même atteinte. Le CSA s'est planté sur le MPEG-2, la Radio Numérique Terrestre, la Télévision Mobile Personnelle, les industriels sur la 3D... Il est désormais question de remettre ça avec l'Ultra Haute Définition. Cela commence à bien faire. Le CSA devrait arrêter de suivre chaque mode pour se rappeler que l'intérêt du consommateur n'est pas le gâchis en matière d'électronique.
Par xerbias,
jeudi 14 février 2013 à 23:00 ::General
En janvier 2007, François Hollande dénonçait "la République des drôles d'amis", à propos des nominations présidentielles à d'importants postes, comme la tête du CSA. "On a un président de la République qui recase ses amis dans les plus hautes fonctions", disait-il alors. Il s'est dit "consterné" par la nomination de Michel Boyon à ce poste, car ne respectant pas le pluralisme. Ancien directeur de cabinet du Premier ministre (de droite) Jean-Pierre Raffarin, Michel Boyon ne pouvait, selon François Hollande, faire respecter le pluralisme. Exactement six ans plus tard, voilà que nous avons François Hollande qui nomme... l'ancien directeur de cabinet du Premier ministre (de gauche) Lionel Jospin, Oliver Schrameck, au même poste, pour succéder à Michel Boyon. Fi des inquiétudes sur le pluralisme ! Fi des questions sur la neutralité du président du CSA ! Fi des velléités de réforme du mode de désignation du président du CSA, exprimé en 2007 ! En matière de "République des drôles d'amis", la politique de François Hollande est bien de recaser ses amis dans les plus hautes fonctions, soit exactement ce qu'il reprochait à Jacques Chirac autrefois. Quand c'est la droite qui le fait, c'est scandaleux, mais quand c'est la gauche, voilà qui est tout à fait normal et même vertueux. C'est bien évidemment indéfendable, et quand on pose la question aux ministres du gouvernement actuel, ils n'ont plus qu'à dégainer langues de bois et mauvaise foi particulièrement risibles.
Tout le long de l'année 2012, François Hollande a réaffirmé que la France était partie pour retourner à 3 % de déficit public par rapport au PIB à la fin 2013. Il faut dire qu'en tant que candidat, François Hollande a bâti tout son projet présidentiel sur des hypothèses économiques notoirement fantaisistes. Il nous promettait pas moins de 1,7 point de croissance pour 2013, soit bien au-dessus de ce qu'imaginaient tous les experts en conjecture. Selon Michel Sapin, alors en charge du projet économique du candidat socialiste, expliquait que cet objectif pouvait être atteint "dès lors que les politiques adaptées seront adoptées". Et les années suivantes, les hypothèses de croissance tiennent du rêve éveillé : 2 % en 2014, pour finalement atteindre 2,5 % par la suite. Au final, l'équilibre budgétaire serait atteint à la fin du quinquennat.
Une fois élue, l'hypothèse de croissance pour 2013 n'était finalement plus que de 0,8 point, soit deux fois moins qu'espéré auparavant, mais ça ne remettait nullement en cause le retour aux 3 % de déficit selon l'Elysée. "La crise rend cet exercice plus ardu, mais d'autant plus nécessaire" expliquait François Hollande en septembre dernier. Il n'a pourtant pas fait grand chose pour diminuer les dépenses de l'Etat. Et maintenant, il s'avère qu'on n'aura même pas 0,8 point de croissance cette année, et évidemment on ne sera pas à 3 % de déficit en décembre prochain. Et le gouvernement d'expliquer que l'on pourra peut-être avoir un délai auprès de la commission européenne, la croissance n'étant pas au rendez-vous. Mais il a toujours été évident que la croissance serait très faible, et construire un programme économique sur ce genre d'hypothèses délirantes était dès le départ un non sens ! Il faudrait une bonne fois pour toute arrêter de financer des dépenses publiques ahurissantes par des paris perdus d'avance sur une croissance qui vient d'autant moins qu'on la fantasme.
On pourrait aussi parler de notre virée au Mali, dont on nous avait dit qu'elle n'aurait en aucun cas lieu, ainsi que de nombreux autres sujets du même tonneau. Mais le point final est que rien ne change : la gauche fait exactement ce qu'elle reprochait à la droite de faire, et ce retournement de veste expose une incroyable hypocrisie tout du long. Il ne faut pas s'étonner que les résultats ne soient donc pas meilleurs, loin de là.
Par xerbias,
lundi 4 février 2013 à 11:27 ::General
Le gouvernement français souhaite faciliter l'euthanasie à l'avenir, c'était un des engagements de François Hollande. La population est généralement pour, même si elle ignore ce qu'il est déjà possible de faire en la matière. Le but est de ne plus souffrir. Et il n'est plus question d'être débranché ou maintenu en vie artificiellement, mais bien d'une intervention extérieure pour tuer quelqu'un qui aurait sinon pu continuer à vivre. Un meurtre consenti en fait. Et encore, le consentement peut venir de la famille ou du médecin, ça fera l'affaire, le tout étant d'en finir avec une vie. Reste à savoir quelle genre de souffrance justifie de se faire suicider. Des souffrances physiques insupportables ? Cela va sans dire. Un handicap empêchant une vie normale ? Visiblement, c'est négociable. Le mal être, la dépression ? On arguera que la souffrance psychologique est une souffrance comme une autre. Voilà comment on en arrive à souhaiter que soit mis à disposition de tout à chacun un moyen de mourir rapide et indolore, à volonté. Ce doit être ça, le progrès social. Et c'est comme ça qu'on en arrive aux cabines à suicide...
Pouvoir mourir à tous les coins de rue, quand on veut, pour pas cher, sans souffrance (à moins qu'on préfère une mort douloureuse) est bien parti pour être l'avenir de l'humanité. Le dessin animé Futurama, créé à l'approche de l'an 2000 en imaginant l'an 3000, fait pour le coup preuve d'une belle anticipation. Dès son premier épisode, il introduit brillamment le concept de "cabine à suicide" qui semble bien parti pour être un objet quotidien. Certes, le concept n'a pas été mis en place en 2008 comme annoncé, mais au rythme actuel, ça ne saurait tarder.
La vie va bientôt devenir une valeur dépassée. Pourquoi lutter pour après tout ? Vous avez un coup de blues, vous êtes déprimés ? Plutôt que de chercher le soutien d'amis ou de la famille, suicidez-vous ! Voilà bien le message qu'on adresse à l'espèce humaine. On comprend bien que la société, plutôt que d'offrir une aide bienveillante à celui qui peine à surmonter de quelconques problèmes, préfère l'aider à en finir et ainsi à s'en débarrasser. Comme ça, le "souffrant" meurt rapidement, et il ne gène plus personne. Quel progrès enthousiasmant...
Par xerbias,
jeudi 31 janvier 2013 à 20:01 ::Economie
Avec Gérard Depardieu, Bernard Arnault ou Alain Afflelou, nous avons eu le droit à un certain nombre de polémiques sur l'exil fiscal. La politique actuelle d'augmentation massive des impôts fait des dégâts. Les plus gros revenus sont particulièrement mis à contribution, dans un effort de "solidarité nationale", d'autres parleraient d'extorsion institutionnelle. Le taux sur 75 % des revenus envoie un signal clair à ceux qui y sont soumis : "vous ne devriez pas gagner cet argent". Et le gouvernement se fait donc fort que ceux-là ne puissent toucher qu'un quart des fruits de leur travail. Un tel taux est évidemment confiscatoire et remet en cause le droit à la propriété individuelle (un droit de l'homme), et le Conseil Constitutionnel l'a donc naturellement rejeté. Mais l'ambiance de "chasse aux riches" persiste.
La France ne va pas bien, c'est indéniable. Comment pourrait-il en être autrement quand la lutte contre le succès est devenu une part importante de la mentalité collective depuis des décennies ? Les politiques publiques veulent réduire les inégalités, mais s'efforcent surtout de ramener tout le monde vers le bas. On le vois dans des bien des domaines, comme dans l'enseignement, où les classes préparatoires sont aujourd'hui attaquées car faisant de l'ombre aux universités. Mais c'est dans l'économie que c'est le plus manifeste. Quand quelque chose marche (comme les entreprises liées à l'Internet), il doit être imposé pour financer les secteurs sur le déclin. Quand un film est rentable, il doit servir à financer des films qui n'ont aucun espoir de trouver un public. Quand quelqu'un créé une start up et parvient à la revendre pour une somme importante, il ne doit pas en toucher les gains. Quand un dirigeant met une entreprise sur de bons rails, il ne doit pas espérer en profiter, ni lui, ni ceux qui ont investi dedans.
Le risque et la créativité ne sont plus récompensés. Le contrat moral de la réussite par l'effort est rompu, et c'est comme ça qu'on a eu le mouvement des "pigeons" qui se voyaient privés des fruits de leur travail. La France n'est plus un pays qui accueille la réussite, il est donc normal que celle-ci aille voir ailleurs. Les Français qui veulent créer des choses comprennent alors qu'il vaut mieux s'exiler pour pouvoir accomplir leurs rêves. Voilà comment notre pays perd son dynamisme et son économie ne connait plus que le marasme.
Dans son roman Atlas Shrugged, Ayn Rand imagine l'exil des principaux créateurs américains (entrepreneurs, innovateurs, artistes talentueux), exaspérés par le travail de sape d'une société socialisante, vers un village caché dans le Colorado. Là, ils peuvent enfin vivre selon leurs mérites personnels, pendant que le reste de la société s'effondre sans eux. Comme toujours avec ce genre de roman parlant de sociétés dystopiennes, le trait est forcé, exagéré jusqu'à la caricature. Mais en entendant ces histoires d''exils fiscaux et de fuite des cerveaux, difficile de ne pas repenser à ce scénario. Se pose pour nous une douloureuse question : le talent peut-il encore s'épanouir en France ?
Par xerbias,
mardi 22 janvier 2013 à 23:59 ::Monde
Hier, Barack Obama prêtait serment pour son second mandat. Son discours d'investiture fut une présentation de son programme pour les quatre prochaines années, qu'il aurait peut-être du faire plus souvent pendant sa campagne. Quoi qu'il en soit, il semble que l'ère du centrisme soit finie, il veut une politique qui régulera davantage la vente d'armes automatiques, qui ne touchera pas à la redistribution et qui s'oriente vers le mariage gay. Autant de points qui annoncent des batailles homériques avec la Chambre des représentants, encore solidement républicaine.
Le Président des Etats-Unis a toute légitimité de vouloir appliquer son programme. Mais le point majeur de sa candidature en 2008, plutôt que ces objectifs, c'était bien de prôner une politique apaisée et bipartisane, où républicains et démocrates se parleraient de nouveau. Quatre ans plus tard, la guérilla politicienne continue de plus belle, et cela semble bien parti pour continuer. Les accords pour trouver des budgets dans le cadre de cette cohabitation deviennent de plus en plus difficiles. Une date limite avait été fixée au 31 décembre 2012 pour régler des questions budgétaires majeures, elles ont eu du mal à démarrer et on eu lieu jusque dans la nuit du réveillon et même le lendemain, alors qu'un échec représentait un risque énorme pour l'économie mondiale. Une des solutions trouvée fut de... reporter à deux mois plus tard une partie des enjeux.
Voilà le genre de négociations auxquelles les Européens sont généralement habituées. Combien de sommet européen devant régler les difficultés de l'euro qui se sont achevés en pleine nuit, voire même sans compromis ? A vrai dire, on commence à croire que les décisions se sont toujours prises comme ça dans la construction européenne, en tout cas lors des dernières décennies. C'est que l'Union Européenne est traversée par des contrastes culturels forts, dépassant souvent celui pan-européen entre la gauche et la droite. Le nord a tendance a voir des finances publiques plus rigoureuses, quand le sud vit souvent au dessus de ses moyens. Les pays de l'est sont très atlantistes, alors que plusieurs pays de l'ouest, la France en tête, cherche à créer une voie en dehors des Etats-Unis. Les petits pays veulent une Union Européenne qui leur permettrait de jouer au plus haut niveau tout en gardant un rôle important, quand les grands pays cherchent à ce que les petits se contentent de se ranger derrière eux. Et à cela, il faut rajouter amitiés et contentieux du passé, le résultat de deux millénaires d'Histoire... Pas étonnant qu'il soit souvent si difficile de s'accorder.
Mais il s'avère qu'aux Etats-Unis, plus ça va, et plus le fossé se creuse au sein de la population. Chaque année, démocrates et républicains s'éloignent les uns des autres, et les possibilités de compromis deviennent presque inexistantes, alors le système de gouvernement américain repose sur ça. Pire, le compromis est vécu comme une compromission, une trahison qui sera sanctionnée par les électeurs. Les blocages se multiplient. Or lorsqu'on analyse la vie politique américaine, on se rend compte que ces clivages politiques sont également des clivages géographiques. Au sein des Etats eux-mêmes, les districts et circonscriptions sont découpés de telle manière à ce qu'ils soient assurés d'être remportés par l'un ou l'autre camp. Et de toute façon, les Etats sont de plus en plus ancrés dans un camp ou l'autre. La Californie ou New York sont solidement démocrates, quand le Texas ou le Missouri sont fermement républicains. A tel point qu'une élection présidentielle ne se décide plus que dans quelques Etats clés, les autres étant systématiquement attribués aux différents camps avant l'élection, de façon quasi-certaine.
Le Congrès américain est donc le théâtre d'affrontement entre différentes cultures qui traversent la société américaine. Il s'y manifeste le ressentiment de vastes zones géographiques du pays les unes envers les autres, et par exemple, pour les républicains de la campagne américaine, être de San Francisco ou du Nord Est américain veut dire être déconnecté des vraies valeurs américaines. Et c'est à cause de ces dissensions que les accords sont de plus en plus difficiles à trouver, au point de voir le système politique américain ressembler au fonctionnement des institutions européennes. Alors cela donnera peut-être du baume au cœur aux Européens ou désespérera les Américains, mais Etats-Unis et Union Européenne tendent bien à se ressembler davantage, ces derniers temps...
Par xerbias,
dimanche 20 janvier 2013 à 19:48 ::Economie
La fin annoncée du Virgin Megastore des Champs Elysées est le signe de plusieurs évolutions. D'une part, la célèbre avenue parisienne perd là son meilleur magasin, celui qui pouvait intéresser tout le monde, permettait la rencontre avec auteurs et artistes, et qui avait le grand avantage d'être ouvert jusqu'à minuit et le dimanche. Quand on parle de dynamisme culturel, la présence d'un point de vente avec autant de choix est un atout, au moins autant que celle de petits libraires ou disquaires avec Virgin Megastore était concurrent. Maintenant, aux Champs Elysées, il n'y aura plus rien pour les classes moyennes, sans même parler des classes populaires. Cela réjouit le Comité des Champs Elysées qui se félicite d'avoir des commerces "de prestige" luxueux, qui ne s'adressent qu'aux touristes. Le commun des mortels n'a plus le droit que de marcher sur les trottoirs...
D'autre part, si les loyers du bail des Champs Elysées était devenu exorbitant, c'est bien le business model de tous les Virgin Megastores qui est en grave crise. Sur les produits culturels tels que la musique ou les films, au delà du piratage (qui a parfois bon dos vu qu'une œuvre piratée n'aurait pas forcément été achetée sans piratage), il y a les autres profonds changements apportés par Internet. Virgin peine surtout face au e-commerce. Et c'est la même chose pour ses concurrents traditionnels disposant d'une distribution physique, comme la Fnac. Si les plus grands magasins Virgin ou Fnac proposent un grand choix, ce sera toujours moins de choix que ce qui peut être stocké dans des entrepôts géants tels que ceux d'Amazon. En outre, e-commerce veut non seulement dire vente par correspondance, mais également dématérialisation. Et cette dématérialisation tend à court-circuiter les intermédiaires traditionnels de la distribution. Aujourd'hui, CDs et DVDs sont des supports qui sont sur le déclin, alors qu'ils représentaient une part important du chiffre d'affaire des grandes surfaces culturelles. Et comme on pouvait le prévoir, l'augmentation des ventes de Blu Ray ne suffit pas à compenser celles de DVDs. La montée d'Internet comme moyen de distribution était également parfaitement prévisible, et avait d'ailleurs été prévue par Richard Branson, qui estimait en 2000 que la moitié des disques serait vendu sur le Net.
La Fnac et Virgin n'ont toutefois pas tiré les mêmes conclusions à ces enjeux, ce qui explique en partie que le premier survive encore quand le deuxième disparaît non seulement en France mais aussi à travers le monde. Virgin n'est pas allé très loin dans le e-commerce, quand la Fnac n'a pas hésité à y mettre les deux pieds dès le départ. Plutôt que de laisser son réseau physique de distribution affronter seul Amazon, la Fnac a lancé très tôt son site forme de vente en ligne Fnac.com. Le risque de cannibalisation était grand bien sûr, et s'est tout à fait concrétisé. Cela peut au moins limiter les dégâts : aujourd'hui de nombreux clients vont dans les boutiques physiques seulement pour se renseigner, puis achètent en ligne. En ayant un site performant, la Fnac peut compter récupérer les ventes des visites faites dans ses magasins. De plus, cette chaîne logistiques désormais éprouvée facilite les commandes en magasin quand un article est manquant, sans avoir à payer de frais de port.
Néanmoins, il ne faudrait pas que la Fnac s'entête à rendre son site beaucoup plus attractif que ses magasins : autrefois, la réduction de 5 % sur les livres était automatique pour tous les clients. Désormais, en boutique, il faut acheter la carte Fnac pour y avoir droit. Elle coûte 12 €, et pour qui n'achète que des livres, il faut en acheter pour 240 € par an pour que cela commence à devenir rentable... Alors que sur Fnac.com, la réduction reste systématique pour tous, peut même aller au delà, et en plus, les frais de port sont gratuits sur les livres. Cela veut dire que pour quelqu'un qui habite en face d'une Fnac, il est plus rentable de commander en ligne sur le site de l'enseigne que de traverser la rue ! Contrairement au souhait de petits libraires, il ne faut surtout pas supprimer cette possibilité de réduction sur le prix unique des livres, mais que les boutiques veillent à rester compétitives, y compris sur le prix.
La Fnac essaye aussi de modifier son offre de produits : les rayons musique et films se contractent avec les chiffres d'affaires de ces produits, ce qui laisse de la place pour les livres, les jouets, ou le petit électroménager. A l'avenir, il y aura probablement des fermetures de magasins. C'est la loi de l'évolution alors que le changement est profond dans ce secteur. Mais il faut quand même souhaiter qu'il en reste : en apportant quelque chose en plus par rapport à la seule vente ligne, les grandes surfaces culturelles participent à faire vivre la concurrence.
Par xerbias,
dimanche 13 janvier 2013 à 17:02 ::Monde
Alors on nous avait dit que la Françafrique c'était fini, que l'on n'était plus dans l'ère où la France faisait la police dans les guerres civiles ayant lieu dans ses anciennes colonies africaines... On a du se tromper alors. Puisqu'en se réveillant samedi matin, les Français apprenaient que la France s'était engagée militairement dans la guerre civile malienne pour défendre le sud par rapport au nord contrôlé par les islamistes. Le pompon étant que l'on n'avait déjà un mort du côté de nos troupes.
Alors on nous avait spécifiquement dit que la France était opposée à ce qu'elle intervienne militairement elle-même au Mali : si comme l'ensemble de la communauté internationale elle s'inquiétait du pouvoir croissant des islamistes, elle souhaitait que l'Afrique gère elle-même le problème plutôt que d'y prendre part directement. Un rôle de conseil et de formation pouvait être envisagé de la part de la France, pas de prendre part aux combats. Quand Dioncounda Traoré, Président du Mali par intérim a demandé l'appui militaire de la France, le ministre français Kader Arif expliquait vendredi que la précipitation ne servait à rien, affirmant "il ne peut pas y avoir là une espèce d'engagement qui pourrait avoir lieu dans l'urgence sans tenir compte de ce que sont les positions à l'échelle internationale". Moins de 24 heures plus tard, nos troupes étaient déjà au combat. Nul doute que tout pu être préparé dans ce laps de temps sans que ce soit dans l'urgence...
On avait voulu retirer nos troupes d'Afghanistan dès 2012 (même s'il en reste encore à l'heure actuelle), quitte à abandonner nos alliés, car on ne voulait plus risquer la vie de nos soldats. Nous voilà donc à intervenir au Mali contre des ennemis de la même nature que ceux d'Afghanistan, en prenant des risques bien réels, et cette fois-ci... tout seuls. Cela durera le temps qu'il faudra nous dit le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, peut-être des mois. Pour résumer : on en sait rien.
D'ailleurs, dans toute cette improvisation, on ne sait pas grand chose. Le sujet n'est quasiment pas évoqué par la presse internationale. Il n'y a pas de journalistes sur le terrain, semble-t-il. On fait les choses à l'aveuglette. Avant d'intervenir en Libye, on avait mis du temps pour se préparer, mais ce fut efficace. Et puis il ne s'agissait que d'attaques aériennes, alors qu'au Mali, nous avons bien des troupes combattantes au sol. Réalisant qu'une intervention militaire au Mali provoquerait l'exécution de tous les otages français détenus par des islamistes, une opération commando a été tentée dans l'urgence dans la nuit de vendredi à samedi pour libérer l'un deux en Somalie. Résultat : un échec, la mort d'un de nos militaires, un autre disparu, et probablement la mort de l'otage également.
Pour rappel, nous intervenons militairement au Mali car les Maliens ne sont pas capables de reprendre le contrôle de leur pays. L'armée malienne était trop occupée à faire des coups d'Etat. Quelques mois après le début de l'insurrection islamiste, l'armée a en effet renversé le Président Amadou Toumani Touré, et cette petite sauterie a permis aux islamistes de gagner beaucoup de terrain alors que l'Etat était ainsi ébranlé. Comme l'armée n'arrivait à rien gérer elle-même, le pouvoir civil est revenu sur le devant de la scène, avec l'arrivée du président de l'Assemblée nationale malienne Dioncounda Traoré comme Président par intérim. Mais en décembre dernier, la junte militaire continuait d'intervenir politiquement, changeant le Premier ministre. La situation pourrait être plus saine...
Mais pourquoi s'en soucier ? Après tout, on nous dit que l'intervention militaire française a l'appui de la communauté internationale et entre dans le cadre des résolutions du conseil de sécurité de l'ONU. L'appui de la communauté internationale, c'est sûr : les puissances occidentales n'ont, comme nous, aucune envie de voir naître un nouvel état islamiste (comme l'était l'Afghanistan autrefois), et sont bien contentes de ne pas avoir à s'y coller. Que ce soit dans le cadre des résolutions de l'ONU l'est moins : celle visée, la 2085 du 20 décembre 2012 (il y a trois semaines), parle d'une Mission Internationale de Soutien au Mali sous conduite Africaine (MISMA). Il s'agit bien d'une force purement africaine, dont l'Etat major n'était pas encore constitué quand notre intervention a commencé. Le reste du monde devait s'en tenir à un soutien logistique et financier. En bref, il n'était pas prévu que la France se retrouve dans une nouvelle guerre, mais il semble bien que ce soit la situation actuelle sans que l'on réalise ce que cela implique. La confusion règne.
Alors pour être clair : il ne s'agit pas de dire que la France se devait de rester inactive sur le dossier malien, ni qu'il faille éviter tous risques à nos troupes, bien au contraire. L'ensemble de la classe politique française soutient cette intervention car elle en comprend les raisons (le risque que le Mali soit perdu aux islamistes) et qu'elle ne souhaite pas fragiliser l'armée au moment où elle passe à l'action et que nos soldats risquent leur vie. Seulement, il aurait été préférable que l'on soit davantage informé sur cette question et que l'on ne nous dise pas le contraire de ce qu'il se passe réellement. Car on a désormais la très désagréable impression de naviguer à vue sur des questions de vie ou de mort, alors que celles-ci pouvaient être anticipées depuis quelques mois et qu'elle peuvent nous engager pour une longue période. Si la tête des armées françaises il y a un manque de solidité, ce sont nos hommes sur le terrain qui en paieront les conséquences.
Au cours de l'Histoire, la notion d'empire a souvent été au centre des constructions politiques en Europe. Aujourd'hui, le terme même semble oppressant, mais autrefois, il semblait amener une certaine nostalgie et une certaine aspiration. A chaque fois qu'un empire a été fondé en Europe, l'idée était de ramener un âge d'or perdu, et ainsi, chaque empire a d'abord été une tentative de ressusciter un empire disparu. En France, le Second Empire a permis à Louis-Napoléon Bonaparte de s'inscrire dans la tracée de son oncle Napoléon Bonaparte qui s'était fait couronner empereur en 1804. En Allemagne, le Second Empire allemand s'est construit à la suite de celui français en 1871, alors que le premier, le Saint Empire romain germanique, avait été dissout par Napoléon en 1806. Les empires français et allemands ne pouvaient donc cohabiter, mais ils ont pourtant la même origine : celui de Charlemagne.
En fondant un empire dominant une grande partie de l'Europe continentale, Napoléon mettait ses pas dans ceux de Charlemagne, un souverain dont la puissance et les conquêtes militaires ont fait rêver bien des monarques. Et le Saint Empire romain germanique était l'héritier direct de l'empire de Charlemagne, même si le titre s'était un peu perdu avant l'avènement d'Otton Ier et que cela ne concernait qu'une partie du territoire carolingien. De nos jours, Charlemagne est considéré comme une glorieuse figure française par les Français, et une glorieuse figure allemande pour les Allemands, un exploit en soi. Mais lorsque Charlemagne prend le titre d'empereur, celui-ci est bien connu. Non seulement les souvenirs de l'Empire romain ne sont pas si anciens, 300 ans après sa chute, mais le terme d'empire continue à désigner l'Empire byzantin, aussi appelé Empire romain d'orient. Avec la chute de l'Empire romain d'occident, l'Empire byzantin avait repris à la fois la "marque" et la prétention à dominer temporellement la chrétienté. Mais aux temps de Charlemagne, l'influence de l'Empire byzantin commence à moins se faire ressentir sur l'Europe occidentale, et les liens entre celui-ci et les rois francs se distendent. Voilà comment le pape en arrive à choisir Charlemagne comme protecteur, et légitime le titre d'empereur.
En orient comme en occident, la source de ces deux empires est bien sûr l'Empire romain fondé par Auguste, sur les conquêtes opérées par Jules César. Si ce dernier n'a jamais été empereur, il a toute même permis l'Empire qui suivra, et son souvenir hantera la postérité. Avant même d'offrir un cadre aux territoires chrétiens, l'Empire romain était synonyme de la paix romaine, et en dehors il ne semblait régner que la barbarie. Alors Jules César rêvait probablement de devenir Alexandre le Grand, qui conquit tellement de territoires. Mais ces conquêtes fut peu durables, le morcellement reprenant peu après la disparition du conquérant. A l'inverse, l'Empire romain renvoit une image d'apogée intellectuelle, de paix et de prospérité durable. Voilà ce que cherchaient Charlemagne, Napoléon et tous les autres empereurs qui ont suivi. Le mot empereur a même été tiré du nom César pour ses retranscriptions en allemand et en russe, donnant respectivement kaïser et tsar.
En opposition directe au concept d'Etat-nation, l'empire, à travers sa vocation universelle, est un concept qui a traversé l'Europe tout au long de son histoire. Aujourd'hui, plus personne ne rêve d'être empereur, mais la construction européenne reprend un peu le rêve d'empire qui a tant occupé les esprits. Ce serait alors un empire démocratique et où les peuples garderaient leur autonomie, mais un empire qui permettrait quand même de rassembler pour la paix et la prospérité.
Par xerbias,
samedi 29 décembre 2012 à 19:22 ::General
Dans les tribunes du Monde, il y en a une qui pour une fois vaut le détour : celle du producteur Vincent Maraval. Il profite de la polémique née du départ de Gérard Depardieu pour se poser la question de savoir si les salaires des stars françaises du cinéma sont mérités. Comme il utilise des arguments bien étayés, son propos est très pertinent, et amène à remettre en cause la situation présente. Un salaire peut être très élevé s'il rétribue un travail qui a permit de générer encore plus d'argent. Visiblement, ces derniers temps, les salaires de certaines stars sont si élevés que les films auxquelles ils participent peuvent ne pas être rentables, même lorsqu'ils rencontrent un succès normal en salle. Dans ce cas, c'est sûr, il y a un problème.
L'explication se trouve dans le fait que les films sont en grande partie financés par les subventions publiques et les obligations d'investissement des chaînes télévisées, les entrées en salle ne décidant plus du sort d'un film. Alors que le cinéma ne permet plus de fortes audiences à la télévision, les chaînes sont toujours obligées par les pouvoirs publics d'acheter en proportion de leurs revenus des films et de participer au financement de leur production. Cet argent se retrouve donc directement dans les poches de ces stars, qui monnayent leur célébrité plus que leur capacité à attirer vraiment des spectateurs ou des téléspectateurs.
Pendant ce temps, on va nous faire pleurer sur le sort de France Télévisions, et augmenter le montant de la redevance obligatoire de six euros car c'est trop dur de maîtriser les budgets. C'est promis, l'argent bénéficiera à "la création", c'est à dire le compte en banque des stars. Voilà encore un système vermoulu par les subventions et les réglementations excessives. Que la création cinématographique soit décidée en fonction de son succès ! Ou plus directement : laissons le marché décider ce qu'il a envie de voir. Pourquoi subventionner ou forcer le financement de films que personne ne veut voir, en salle ou à la télévision ? Si la présence d'une star suffit à faire d'un film un succès, pourquoi ne pas l'intéresser aux profits du film, plutôt que de fixer un salaire fixe éventuellement surdimensionné ?
Il en va du cinéma comme de tous les arts : le statut artistique ne doit pas être une excuse pour permettre des œuvres qui n'ont aucun public.
Quand était-ce arrivé la dernière fois ? En France, depuis les dernières élections, un bord politique dispose de tous les pouvoirs. Difficile, dès lors, de parler de véritable séparation des pouvoirs, ou d'un système où une branche tempère l'autre, vu que toutes les branches sont du même camp idéologique. L'exécutif national est uniformément de gauche : le Président de la République, François Hollande, comme le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, sont issus du Parti Socialiste, comme la quasi totalité du gouvernement. Les deux ministres Verts pourraient avoir des opinions discordantes, mais se gardent bien de les exprimer.
Le pouvoir législatif est également de gauche : l'Assemblée Nationale depuis les dernières élections législatives, le Sénat depuis l'année dernière. Il n'y a d'ailleurs plus personne à gauche pour critiquer le Sénat comme institution depuis qu'elle en a pris le contrôle. Certes, probablement par habitude, les sénateurs socialistes ont voté contre le budget présenté par le gouvernement, mais ce n'est pas là qu'on verra une quelconque remise en cause du gouvernement.
Le pouvoir judiciaire est globalement de gauche depuis... depuis... en a-t-il jamais été autrement ? En tout cas, les magistrats étant représentés par deux syndicats dont l'un est à gauche et l'autre n'est pas à droite, on sait à quoi s'en tenir, leur opposition aux gouvernements de droite étant systématique. Cela se confirme d'ailleurs dans leur action au quotidien.
Les médias, généralement considérés comme le quatrième pouvoir, sont aussi de gauche dans leur majorité. Il y a bien sûr des titres neutres ou orientés à droite, mais les journalistes politiques sont très majoritairement à gauche...
Les pouvoirs politiques locaux sont majoritairement de gauche, et ce, quelque soit l'échelon. 21 régions sur 22 en France métropolitaine, la majorité des départements, et les dernières élections municipales avaient été favorables à la gauche.
Et pendant ce temps là, il n'y a même plus d'opposition. L'inénarrable duel Copé/Fillon a figé l'UMP dans l'inaction la plus totale, au Modem on se demande même s'il ne faudrait pas entrer au gouvernement (alors qu'il en est hors de question pour les socialistes) et à l'UDI on attend que les choses se passent. En dehors, il n'y a que des partis extrémistes.
Bref, la gauche a vraiment tous les pouvoirs, et ce depuis plus de six mois maintenant. Elle est libre de faire ce qu'elle veut. Le changement, c'est maintenant, nous avait-on dit. Qu'est-ce qui a changé... pour le mieux, depuis ? Avec le pouvoir, vient les responsabilités. Et aujourd'hui, la gauche n'a aucune excuse. Elle a pu mettre en place la politique qu'elle voulait, et il n'est plus question d'améliorations avant bien des années. Elle peut, mais ne fait rien. Voilà pourquoi elle souffre d'impopularité record dès le premier dixième de quinquennat écoulé. La population sait que s'il n'y a pas de graines de plantées, il ne risque pas de pousser quoi que ce soit.
Par xerbias,
dimanche 16 décembre 2012 à 15:16 ::Pensée politique
A travers le débat sur le mariage homosexuel, l'Eglise catholique française fait entendre sa voix, et c'était devenu assez rare. Sa prise de position a été accueillie avec mépris par la gauche, qui a pour l'occasion retrouvé les anciens réflexes laïcards, traitant la religion comme si elle était l'ennemie de la liberté. Il faut dire que ces dernières décennies ont été bien peu propices à l'Eglise catholique, et la progression des cultures soixante-huitardes s'est accompagnée d'une montée d'un athéisme parfois bien intolérant. Mais si l'on observe les choses sur des périodes plus longues, on se rend compte que cette perte d'influence du catholicisme n'a rien d'inéluctable, ce serait même cyclique. Des cycles certes très longs, puisque de deux siècles, mais remontant à bien loin.
Bien sûr, ces siècles ne collent pas parfaitement aux siècles comptés, ce sont des centaines d'années qui commencent et finissent un peu après la première année d'un nouveau siècle (comme 1901). Mais ces mouvements sont assez spectaculaire. Pour commencer, dans le cadre d'un conflit entre le roi de France et le pape pour savoir qui avait la primauté sur les biens de l'Eglise de France, Philippe le Bel entend montrer qu'il est le seul maître en son royaume, et ses envoyés giflent le pape Boniface VIII dans son palais. Ce n'est plus le temps du très pieux roi Saint Louis, avec la montée de l'Etat français de Philippe le Bel, c'est aussi le temps de la mise sous contrôle de la religion. Le XIVème siècle verra son influence grandement diminuer : l'ordre des Templiers est d'abord détruit, puis, après plusieurs années sans pape, le Français Jean XXII est finalement élu, et installe la papauté à Avignon, sous l'égide de la France. Le retour de la papauté à Rome sera même le motif du Grand Schisme d'Occident durant quarante ans à partir de 1378. Divisée, l'Eglise est forcément moins forte.
Evidemment, la fin du Schisme signe le retour en force de l'Eglise catholique lors du XVème siècle. Maître des Etats papaux, le pape est partie prenante lors des guerres d'Italie, et chaque faction intrigue pour placer le candidat de son choix sur le trône pontifical... quitte à être déçu après. Cette puissance amène même des abus, comme on le voit avec le népotisme éhonté pratiqué par les principales familles de l'époque, telle que les Borgia. Le pape Jules II finit même par faire la guerre directement pour régler ses comptes.
La position morale de l'Eglise finit par s'effondrer, et au début du XVIème siècle, le protestantisme apparaît comme un symptôme de révolte des fidèles contre une institution devenue trop corrompue. L'Empereur catholique Charles Quint ne peut empêcher que des pans importants de l'Allemagne quittent le catholicisme, Rome est mise à sac en 1527, et les tensions religieuses se transforment en de vraies guerres de religion, notamment en France. Au final, l'Europe occidentale est divisée, et elle n'est plus qu'en partie catholique.
A contrario, le XVIIème siècle est bien plus favorable au catholicisme. La Contre Réforme produit ses effets, et solidifie la religion des territoires restés catholiques. L'ordre des jésuites est à la manœuvre et son influence est redoutable dans les plus hautes sphères de la société. Au siècle de Bossuet, la religion regagne du terrain, et même Louis XIV en respectera davantage les enseignements sur la fin de son règne, influencé en cela par la très dévote Mme de Maintenon.
Les siècles se suivent et ne se ressemblent pas, puisque le XVIIIème siècle, le siècle des Lumières, fait la part belle au libertinage, mais aussi et surtout à l'implacable raison. Si Voltaire est croyant, il n'hésite pas à attaquer la religion comme institution rigide. En remettant en cause la parole de l'Eglise, c'est un pilier de la société d'alors qui est attaqué, et la révolution française se montre violemment athée, et essaye de détruire par la force et la propagande structures et sentiments religieux.
La tâche s'avère trop grande, et le XIXème siècle s'avère être celui d'un retour en grâce de la religion. Chateaubriand, avec son Génie du christianisme, en est le précurseur. Avec le romantisme, les artistes délaissent la trop froide raison et s'émeuvent des mystères de la religion, des temps anciens et de la force des sentiments. En France, cela s'accompagne bien sûr du retour de la monarchie, et dans toute la société, l'Eglise reprend son rôle d'institution incontournable.
Le XXème siècle, en revanche, est bien sûr un siècle de recul de l'influence du catholicisme en France. Cela commence avec les lois voulues par les radicaux pour la laïcité, notamment la séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905. Mais l'influence des idées communistes, foncièrement athées, puis libertaires dans la deuxième moitié du siècle engendrent une baisse de la pratique religieuse, ainsi que de la croyance. Et aujourd'hui, les églises sont bien peu remplies par rapport à autrefois.
Depuis longtemps donc, les siècles s'enchaînent, et lorsqu'un est négatif pour l'Eglise, le suivant est bien plus positif. Alors, pour le XXIème siècle, qu'en sera-t-il ? Celui-ci a en fait à peine commencé. Mais le catholicisme a déjà deux mille ans, cette longévité est une force, et si son importance évolue en suivant les mouvements d'un pendule, eh bien on peut alors penser que ce siècle sera celui d'un retour en force, encore une fois étonnant, de son influence. On sent déjà que les questions religieuses sont bien plus présentes qu'il y a vingt ans, l'Eglise pourrait donc bien attraper la balle au bond.